12e Université des CCI de Strasbourg “Europe, l’avenir nous appartient”, 4 septembre 2008
Jeudi 30 octobre 2008Voir le programme de la journée
Résumé de l’intervention de Jean-Pierre RAFFARIN
LES TROIS LIGNES DE FORCE DE LA MONDIALISATION
L’avenir est asiatique
Nous devons nous habituer à une équation nouvelle : l’Europe plus l’Amérique égalent l’Inde plus l’Asie. Cette équation devra notamment s’imposer en France, pays dont les volets sont clos et qui doit s’ouvrir sur le monde, à la fois pour faire rayonner les idées françaises et pour mieux comprendre les réalités d’un monde en grande partie asiatique. Comme le disait Alvin Toffler, « la Chine fait désormais partie de l’esprit américain ». Sa croissance économique et son rayonnement culturel en font ainsi un acteur majeur du monde actuel qui, avec l’Inde, marquera les temps à venir.
La diversité, valeur du XXIème siècle
La diversité constitue la valeur du siècle. Précisément, si la mondialisation économique rassemble le monde, elle se heurte à la résistance de la diversité culturelle. Alors qu’il n’existe dans le monde que deux normes de voltages et trois écartements de rails, 3 000 langues coexistent. La résistance à la globalisation se réalise donc sur le terrain culturel, et se manifeste notamment par la montée des valeurs identitaires. Un risque en découle : dans notre monde très diversifié, le besoin d’autonomie se traduit par l’atomisation. Comme le montrent les exemples de l’Ossétie, du Kosovo et du Tibet, le monde de la diversité s’avère ainsi rongé par une tendance à la balkanisation. Face à ce risque, nous devrons donc considérer la diversité comme une valeur centrale, notamment dans le cadre européen.
L’attractivité, atout maître
L’attractivité est l’atout maître d’une politique économique. Dans un monde caractérisé par la mobilité, l’avenir appartient aux territoires sachant attirer les hommes, les idées et les capitaux. Or l’intelligence constitue le premier facteur d’attractivité. Ainsi, la Chine ne tient plus à produire exclusivement des biens bas de gamme, et développe fortement son système de formation. Quant à l’Europe, elle doit savoir rester attractive, en évitant notamment de faire peur aux fonds souverains.
TROIS VOIES POUR L’EUROPE
Développer les relations bilatérales
L’Europe doit développer des relations bilatérales. Si les relations multilatérales doivent se poursuivre, tant dans le cadre de l’OMC et du droit international que par la création d’une organisation pour l’environnement liée à l’ONU, nous ne devons cependant pas avoir la naïveté de penser qu’une règle de droit suffise à modifier la réalité. En revanche, les relations bilatérales et les rapports de force, quitte à « montrer les dents », permettent de mener des dialogues francs et directs. Or l’Europe est plus libre que les Etats-Unis pour développer de telles relations. Elle devra donc le faire, sous la présidence française de l’Europe, à l’occasion du sommet de l’ASEM, en octobre à Pékin et du sommet Europe-Chine qui se tiendra à Lyon en décembre. Ces deux rendez-vous permettront notamment à l’Europe de montrer que des relations bilatérales participent pleinement à l’équilibre multilatéral du monde. Les événements récents relatifs à l’Ossétie prouvent d’ailleurs qu’une Europe rassemblée et convaincue peut espérer influencer le monde.
Promouvoir la démocratie décentralisée
Notre modèle de démocratie décentralisée constitue une réponse à la question de la diversité. Nous devons en effet savoir répondre aux risques d’exclusion de populations, dans les sociétés, et d’atomisation, sur le plan géopolitique. Dans cette perspective, l’Inde saura peut-être mieux gérer la diversité que la Chine. Quant à l’Europe, son système décentralisé et sa volonté de travailler en réseau peuvent lui permettre de devenir une puissance sans gigantisme et ainsi adaptée aux enjeux actuels de la diversité.
Porter des projets mondiaux
Enfin, l’Europe doit porter des projets de portée mondiale et d’une totale lisibilité. Notre adresse, c’est l’Europe. Nous pourrons ainsi proposer nos propres modèles, à propos par exemple des partenariats public-privé. Plus généralement, le grand projet européen peut être de porter partout dans le monde l’humanisme européen, qui comprend ce que vous appelez « les industries du bonheur », soit un modèle de mode de vie, mais aussi la république décentralisée, qui rassemble les structures et les individus tout en respectant leur diversité. Dans l’ensemble, l’humanisme européen s’avère ainsi fondé sur trois valeurs centrales : la valeur du respect et le respect des valeurs ; la réciprocité du respect, c’est-à-dire l’équilibre, qui concerne également les échanges commerciaux ; le dépassement, soit la nécessité d’avoir des projets plus grands que soi-même. Ainsi la diversité qui structure notre société peut-elle être assumée, sur le plan économique comme sur le plan social.

