La Crise : la comprendre pour l’affronter - 5 décembre 2008

Mardi 3 février 2009

« LA CRISE : LA COMPRENDRE POUR L’AFFRONTER »

Colloque présidé par

Jean-Pierre RAFFARIN,
Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation,
ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne

Vendredi 5 décembre 2008

Salle La Hune, Saint-Benoît (86)

 OUVERTURE

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Mesdames, Messieurs, merci à chacune et à chacun d’entre vous d’être présents à ce séminaire de réflexion sur la crise économique. C’est un sujet qui nous inquiète et, en même temps, qui nous fait réagir. Jamais il n’y a eu autant de réactivité politique au niveau mondial comme au niveau français sur une situation économique de cette nature.

Au cours de cette réunion, nous allons essayer, de mieux comprendre toutes les dimensions de cette crise en croisant nos regards et nos expériences pour essayer de mieux l’affronter. Il faut articuler la pensée et l’action. C’est la philosophie de la Fondation pour la Prospective et l’Innovation, créée par  René Monory, d’essayer d’injecter un peu de réflexion dans l’action pour mieux piloter un monde de plus en plus difficile à conduire.

Je voudrais saluer les nombreuses personnalités qui sont ici présentes, l’ensemble des élus au premier rang desquels le président du conseil général Claude BERTAUD que je remercie beaucoup de sa présence. Je salue les parlementaires qui sont là. Jean-Pierre ABELIN nous rejoindra. Je salue Alain FOUCHE, le sénateur de la Vienne, Elisabeth MORIN, députée européen. Je vous salue les uns et les autres.

C’est l’occasion de souhaiter la bienvenue au préfet TOMASINI, préfet de région, lui dire combien nous apprécions les premiers jours de son implantation dans notre région. Il a pris les dossiers à bras-le-corps avec énergie et compétence. Nous connaissions déjà sa réputation de grand serviteur de l’État, nous le voyons également homme de proximité sur les dossiers notamment ceux de la crise avec la mobilisation de tous les acteurs, le partenariat avec les collectivités locales. Monsieur le préfet, sachez que vous trouverez ici dans ce département et dans cette région les énergies complémentaires à la vôtre pour mener à bien la mission qui est de votre responsabilité.

Je souhaite pour que l’on puisse discuter sans tabou des caractéristiques de cette crise, non pas pour vous abreuver de discours – je sais qu’il y a d’éminents professeurs d’économie dans la salle – mais qu’on pose le problème et qu’ensuite nous ayons un échange, un débat et répondre aux questions. Le panel qui est sur cette tribune n’est pas là pour professer, il est là pour débattre et discuter. Je souhaitais que cela ne soit pas une réunion de type politique mais j’ai demandé à des hauts fonctionnaires, à ceux qui au plus haut niveau de l’État, sont en charge de l’action publique de participer à cette réflexion. Ce sont des personnalités d’expériences, de compétences qui sont à la fois au cœur même de la décision nationale et internationale mais en même temps qui souhaitent avoir des contacts sur le terrain. Je les remercie beaucoup de leur présence.

Je salue Alain QUINET. Il est économiste, c’est un homme remarquable qui a été pendant une période très importante à Matignon notamment - comme les autres d’ailleurs – et a une position très stratégique puisqu’il est le directeur de la stratégie de la Caisse des dépôts et consignations qui est un peu le bras armé de l’État dans son action économique et financière. On a parlé d’un fonds souverain, d’un certain nombre de mobilisations. La Caisse des dépôts et consignations est à la fois sans doute un lieu d’observations privilégié de la situation financière et économique de la France et du monde mais c’est aussi un espace d’actions pour les pouvoirs publics dans notre situation économique.

Luc ROUSSEAU est au ministère des Finances et de l’Économie. Il est le directeur général de tout ce qui touche aux entreprises. Il est particulièrement informé de la situation entrepreneuriale de notre pays, sur nos interrogations. On lui doit beaucoup de choses, notamment il est l’un de ceux qui nous a aidés et qui nous aide encore sur les pôles de compétitivité pour les faire évoluer. C’est un des sujets sur lequel il est très impliqué au niveau national, non seulement en ayant participé à l’émergence des pôles de compétitivité mais aussi à leur développement, leur rapprochement, à leur évolution nécessaire.

Dominique-Jean CHERTIER est membre du directoire de l’entreprise Safran et le président du Pôle Emploi qui est la fusion de l’Unedic et l’ANPE.. En rapprochant l’Unedic et l’ANPE, nous avons opté pour une stratégie importante de synergies, d’efficacité pour être au plus près des entreprises et des demandeurs d’emploi.

Ces trois personnalités nous apporteront  leur éclairage social, économique et financier de la crise.
J’ai invité également un grand témoin entrepreneurial : le président André DAGUIN. Je souhaitais que l’on puisse l’entendre. Nous allons parler beaucoup d’industrie parce que nous avons de gros problèmes industriels, notamment la situation de Châtellerault. Je voulais que dans ce débat la question des services soit très présente et il est l’un de ceux qui a mené les grands combats nationaux pour l’hôtellerie, la restauration, le tourisme, tout ce que sont les emplois de service dans notre pays. Sa connaissance du tissu national est très importante.

Est également présent un autre grand témoin, entrepreneur aussi, le président de la chambre de commerce et d’industrie de la Vienne, Alain DEBUSCHERE.

Avant de donner la parole à nos orateurs, je leur demanderais des interventions liminaires rapides. Chacun s’exprimera entre cinq et dix minutes. Nous aurons ensuite les débats et nous échangerons pour essayer de nous donner les uns et les autres les résolutions nécessaires pour affronter cette crise.

Je donne la parole à celui qui nous accueille, Monsieur le maire de Saint-Benoît que je remercie beaucoup non seulement de nous accueillir mais aussi pour le travail accompli sur le plan économique.

Dominique CLEMENT, maire de Saint-Benoît
Merci beaucoup Jean-Pierre. Pendant longtemps les entreprises ont été les mal-aimées du système. Or aujourd’hui elles apparaissent comme les victimes de l’économie virtuelle et on se tourne de nouveau vers elles en disant qu’elles vont peut-être nous sortir de cette impasse. C’est là aussi l’occasion pour ces entreprises de l’économie réelle de retrouver leur place dans la société.
Je me tourne vers toi Jean-Pierre. Finalement nous avons franchement l’impression que la crise est toujours quelque part. Si ce n’est pas une crise, c’est une tension. Il serait intéressant de poser nos valises et, avec humilité, de regarder ce monde qui est en évolution permanente, en crise permanente, en tension permanente, et de réfléchir pour comprendre afin de ne pas en subir les conséquences.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Mon cher Alain QUINET, je vais vous laisser la parole. Vu à la fois de Poitiers et de Paris, ce qui nous a le plus surpris dans cette crise, c’est la rapidité. Nous sommes passés de Washington à Châtellerault en deux mois. Habituellement les difficultés arrivent lentement. Avec cette crise le secteur industriel a été touché quasi instantanément. Naturellement cette crise génère de l’angoisse. On voit bien que cette angoisse peut encore générer de la crise. Pour éviter de généraliser l’inquiétude, il faut essayer de comprendre ce qui se passe. C’est pour cela que nous sommes heureux de vous accueillir.

Alain QUINET, directeur des finances et de la stratégie du groupe Caisse des dépôts
Merci beaucoup Monsieur le Premier ministre. Bonjour à tous. Je m’exprime aujourd’hui à titre personnel et pas au nom de la Caisse des Dépôts. Vous savez que la Caisse des dépôts est très mobilisée pour apporter des solutions notamment aux entrepreneurs. Je voudrais sans prétention vous dire trois choses sur les spécificités de la crise, son déroulement, l’ampleur des réactions des États.
Les spécificités de la crise

Nous ne sommes pas face à une crise conjoncturelle classique. Une crise conjoncturelle classique se traite par une baisse des taux d’intérêt. Six mois, un an après on revient sur une phase de croissance normale. Là on est vraiment dans une crise grave. Il faut mobiliser beaucoup plus qu’une baisse des taux d’intérêt. On est finalement pour la première fois dans une crise mondiale. Quand on prend les crises précédentes, il y avait toujours une partie du monde qui était là pour compenser la faillite, la faiblesse d’une autre région. Quand on a eu la crise asiatique en 1997, les États-Unis étaient là pour jouer le rôle du consommateur en dernier ressort. Aujourd’hui on voit que personne n’est capable de jouer ce rôle de consommateur en dernier ressort. Finalement le monde est encore plus interdépendant qu’on ne le pensait.

Pour autant, je ne pense pas qu’on assiste à la fin du capitalisme. Ce à quoi on assiste sans doute c’est la fin du capitalisme sans capital, la fin du capitalisme fondé sur l’endettement. Si on veut caractériser cette crise et notamment voir sa spécificité par rapport à la crise de 1929 la clé est là. On est face à une crise d’endettement, cet endettement s’est logé et nourri au sein du système financier lui-même. Au moment de la crise de 1929 ou d’autres crises que l’on a connues, l’endettement était au niveau des entreprises, les entreprises industrielles, de service. Ce qui est très spécifique dans cette crise, c’est que l’endettement a grossi au sein du système financier. Ce sont les banques qui ont prêté à des hedges funds, à des fonds de private equity, à des fonds de LBO qui se sont à leur tour endettées. On a vu une sphère financière qui a grossi, en s’endettant, en se prêtant entre acteurs financiers. C’est cela qui fait le caractère très spécifique de cette crise. Caractère à certains égards assez injuste parce que l’économie réelle, les entreprises, les ménages n’ont pas commis d’excès particuliers.

Le déroulement

La crise a commencé au printemps 2007. C’était la crise des subprimes aux États-Unis. Comme toujours en Europe, cette crise nous apparaissait lointaine. Les subprimes on ne savait pas ce que c’était. On a pu pendant un certain temps penser que nous pouvions échapper à cette crise. De fait, pendant un an, on y a échappé. Pendant un an, les États-Unis commençaient à souffrir, le marché immobilier américain s’effondrait mais il ne s’est rien passé en Europe. Puis brutalement, avec le décalage on voit cette crise arriver et  nous frapper assez sévèrement.
Cette crise nous frappe par le crédit. Le cœur de la crise est l’endettement du système financier. C’est par la restriction du crédit que cette crise a commencé brutalement à nous faire mal. Cette crise va affecter de manière assez différente les secteurs, les entreprises selon leur degré de dépendance au crédit. Quand on prend des secteurs comme l’automobile ou l’immobilier, ce sont des secteurs qui fonctionnent à base de crédit. Les ménages pour acheter une voiture, un appartement, une maison ont besoin de s’endetter. Quand il y a une restriction du crédit qui commence à mordre, ce sont ces secteurs qui produisent des biens dont on peut différer l’achat, dont l’achat dépend du crédit, qui souffrent en priorité alors que des secteurs comme l’hôtellerie-restauration qui dépendent moins du crédit voient la crise arriver avec moins de gravité et de dureté.
L’ampleur des réactions des États

Je voudrais souligner un dernier point pour alimenter le débat, l’ampleur des réactions politiques économiques que l’on a eues face à cette crise. Contrairement à ce que l’on a pu observer au moment de la crise de 1929 la réaction politique a été extrêmement rapide. Pendant la crise de 1929, par exemple il y avait eu une réaction morale des autorités publiques qui avait consisté à dire « les banquiers ont fauté, laissons-leur faire faillite ». On a compris aujourd’hui que la faillite des banques c’était la faillite de l’ensemble de l’économie. Il y a eu une réaction immédiate et rapide pour protéger l’épargne, le crédit. On a vu les pouvoirs publics, les banques centrales s’engager dans des actions qu’eux-mêmes n’auraient pas imaginées quinze jours trois semaines avant d’avoir pris ces décisions. Les États ont donné des garanties sur les marchés interbancaires, les banques centrales se sont mises à racheter du papier y compris du papier des entreprises aux États-Unis, quelque chose qu’elles auraient considéré comme inimaginable quinze jours avant. On voit aujourd’hui des actions de relance budgétaire. Le Gouvernement annonçait son plan hier mais cela fait suite à d’autres initiatives prises depuis le printemps. On est face à des réactions de très grande ampleur de tous les acteurs en Europe et dans le monde. Cela montre que chacun a pris la mesure des réponses qui doivent être apportées.

Si on se projette à plus long terme, trois grands équilibres devront être repensés. Le premier équilibre est entre dettes et fonds propres. Il est clair que l’on a besoin d’avoir des économies qui fonctionnent avec davantage de fonds propres et moins de dettes. On va assister à une modification d’équilibre entre l’État et le marché. Un État plus présent, non pas moins de marchés mais des marchés mieux régulés. On va assister à un rééquilibrage entre la sphère financière et la sphère réelle, un secteur financier sans doute moins gros dont la taille va se réduire et qui laissera plus d’espace à l’économie réelle.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Merci Alain de ces propos très clairs. On reviendra tout à l’heure sur les questions notamment de dettes. Luc, y a-t-il un risque de désindustrialisation dans certaines régions ? Notre industrie n’est-elle pas aujourd’hui le premier secteur où les entreprises françaises sont menacées ?

Luc ROUSSEAU, directeur général des entreprises, ministère de l’Économie et des Finances
Quelle analyse peux-je porter en tant que directeur général des entreprises ? De façon un peu provocatrice, je dirais que c’est la 4e crise en deux ans. Il faut avoir en tête qu’il y a une crise de l’énergie et des matières premières avec des montées de cours que l’on avait pas vue depuis au moins trente ans, une crise sur le cours des produits alimentaires, et d’une certaine façon, une crise des monnaies, des parités avec l’effondrement du dollar. Ce qui est paradoxal dans ces crises qui ne sont pas si lointaines, qui ont moins de deux ans, c’est qu’elles reflétaient une crise de croissance alors que maintenant on est pratiquement en récession.

Les choses se sont aggravées, accélérées de façon beaucoup plus violente qu’il y a un an. En été, les entreprises ont vu des banques fragilisées, faire faillite, sauvées. N’oublions pas que le banquier alimente les entreprises en crédits et capitaux. Elles ont vu une baisse des Bourses, les perspectives économiques fragilisées, le crédit se raréfier. A contrario, l’économie réelle à court terme est restée ferme même au début de l’été. Septembre est encore un mois où l’économie réelle est ferme. Néanmoins semaines après semaines on a vu la crise se propager dans un certain nombre de pays. Le secteur du bâtiment et des travaux publics, pour des raisons pas directement liées à la crise financière mais à la bulle immobilière s’est considérablement contracté aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Espagne.

Le deuxième secteur où la consommation n’est pas indispensable à très court terme, où les achats peuvent être différés est celui de l’automobile. Dans la foulée de ce qu’il y avait au Royaume-Uni et en Espagne, on a vu en France, en Allemagne des baisses brutales des carnets de commande alors que les constructeurs automobiles avaient anticipé une reprise.  Ils avaient stocké et ils se retrouvent aujourd’hui avec des stocks massifs, une nécessité de déstockage, une amplification de la baisse de la production par rapport aux baisses de livraison ou de commandes.

A contrario l’aéronautique se porte bien. Airbus a simplement annulé les augmentations de cadence de production qui étaient prévues pour 2009-2010 mais pour 2008 nous sommes à un niveau record totalement inégalé que ce soit pour l’aéronautique mondiale ou pour Airbus et ses sous-traitants en particulier.

Les perspectives économiques ont induit des investissements différés. On commence à sentir dans tout ce qui est industrie d’équipement une baisse de l’activité. Une baisse des investissements en raison des perspectives et du crédit. Tout le monde dit manquer de crédit. Quand les chiffres agrégés sortent, on voit que le crédit aux entreprises augmente à un chiffre de 12 % (en octobre) d’une année sur l’autre. En fait avec la situation actuelle, il y a des comportements paradoxaux et les inégalités  s’accroissent : on observe une proportion à prêter davantage aux plus solides c’est-à-dire aux secteurs les moins exposés, aux entreprises les plus fiables. Ce comportement se retrouve chez les particuliers comme dans les entreprises : il y a thésaurisation. Devant une situation incertaine, un certain nombre d’acteurs, de façon assez logique, en ne sachant pas de quoi demain est fait, se gardent des marges de manœuvre. C’est vrai au niveau des particuliers. On a vu l’explosion des dépôts sur le livret A ou d’autres comptes à vue ou d’épargne court terme. La même chose se produit sur un certain nombre de trésoreries d’entreprises qui se gardent parfois plusieurs milliards en trésorerie pour pouvoir anticiper de mauvaises nouvelles, ou profiter d’opportunités. Des chefs d’entreprise préparent le coup d’après. Les secteurs les plus fragilisés, a contrario, eux ont une attrition très forte du crédit bancaire avec un durcissement des conditions d’octroi du crédit, une montée des taux d’intérêt. Je connais de bonnes signatures industrielles qui n’arrivent pas aujourd’hui à emprunter à moins de 10 % sur du trois ans, là où il y a un an ils étaient à 5 %. Pour un investissement, cela change complètement sa rentabilité.
Une catastrophe sur l’assurance crédit

Les banques ont eu des actions concertées avec les pouvoirs publics. C’est très inégal. Si globalement il y a des choses relativement satisfaisantes, a contrario sur l’assurance crédit les assureurs crédit ont diminué très fortement leur couverture. Certains chefs d’entreprise ont reçu un courrier signalant que l’on ne couvre plus tel ou tel risque que ce soit du crédit interentreprises ou du crédit export. Globalement on a des liquidités : les banques centrales ont joué leur rôle en baissant leur taux. Il y a des liquidités à court terme mais il y a peu d’acteurs pour accepter de prendre le risque de transformer des liquidités à court terme en prêts à moyen ou long terme pour investir. C’est un sujet structurel qui n’est pas aujourd’hui réglé.

Les solutions
Restaurer le crédit interbancaire. Plus personne ne prêtait à plus personne. Les banques n’avaient plus confiance entre elles.
Fluidifier le crédit vis-à-vis des entreprises en utilisant notamment une part de cette épargne évoquée. 17 milliards étaient déposés à la Caisse des dépôts sur les livrets réglementés, développement durable et livrets d’épargne populaires qui sont retournés aux banques pour prêter aux entreprises.

Fluidifier le crédit interentreprises en le réduisant en volume. C’est le sujet de la réflexion des délais de paiement. La majorité des PME vont être gagnantes avec cette réduction des délais de paiement qui va entrer en vigueur au 1er janvier. Des entreprises sont perdantes, celles proches des consommateurs ou celles qui exportent massivement donc il faut en face des réponses de financement, d’augmentation de leur besoin du fonds de roulement.

Des mesures récentes pour essayer d’augmenter l’assurance crédit. Paradoxalement, les assureurs crédit ne sont pas comme les banquiers qui ont besoin de replacer l’argent qu’ils collectent ou que vous leur déposez. Les assureurs crédit peuvent réduire leur volume d’activité avec moins de dommages.

Le danger est de couper dans les investissements, d’une façon ou d’une autre, contraints ou forcés. Contraints par sa propre équation économique, forcés par le manque de crédits. Les investissements sont la compétitivité de demain. Couper dans les investissements c’est la désindustrialisation assurée.
Les pistes sont françaises. Un plan de relance a été annoncé hier. Il y a une dimension européenne. Les économies sont très interconnectées. Quand on fait une prime à la casse, la majorité de l’activité induite par une prime à la casse va hors de France puisqu’on achète une moitié des véhicules de marque étrangère et dans les véhicules français une part très significative est fabriquée à l’étranger. C’est la même chose pour les sous-traitants. Une prime à la casse en Espagne profite à la France, une prime à la casse en France profite à l’Espagne.

Merci l’euro. Ceux qui ont un peu de mémoire se souviennent des crises antérieures. Cela nous a apporté un espace de stabilité. Aujourd’hui le sujet est quelle mobilisation est possible au-delà de la Caisse des dépôts par la Banque européenne d’investissements et notamment pour le secteur phare industriel qui pèse 10 % de l’économie, le secteur automobile. Face au plan américain, face aux besoins de ce secteur comment mobiliser la Banque européenne d’investissements. Il y a une demande des constructeurs de 40 milliards d’euros

L’avenir c’est à nous de l’écrire. L’industrie est quand même une activité qui restera au cœur de la compétitivité. L’industrie est une part minoritaire de notre économie mais c’est la compétitivité de notre industrie qui fait notre niveau de vie. Garder une industrie performante, innovante est fondamental. Deux choses sont nécessaires : des mesures techniques, et restaurer dans notre économie une confiance pour que l’économie tourne et pour que chacun continue d’avoir la volonté d’entreprendre et de préparer demain et après-demain.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne

Merci. Nous reviendrons sur la difficile question des délais de paiement qui est, en fonction des secteurs, une préoccupation pour beaucoup de PME. Dominique-Jean, on annonce un certain nombre de prévisions sur notre taux de chômage qui passerait de 7,2 % à 8,5 % en 2009, ce qui veut dire une remontée forte du chômage. Ressentez-vous les choses ainsi ? On prévoit que le plan de relance crée 100 000 emplois. Peut-il y avoir les fluidités ? Est-on au point en matière de formation professionnelle ? Comment ressentez-vous les choses, vous qui êtes biculturel, industriel et social à la fois ?

Dominique-Jean CHERTIER, président de Pôle Emploi
Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs, c’est toujours difficile de donner des prévisions en matière d’emploi parce qu’un certain nombre d’éléments contradictoires contribuent à façonner les chiffres du chômage ou les chiffres de l’activité. Pendant huit mois, le chômage n’augmentait ni ne baissait. Ce n’est jamais une situation très favorable. Le chômage doit monter ou descendre, quand il reste stable c’est probablement qu’il y a des éléments compensatoires ou des effets que l’on devrait analyser. Nous sommes sur un rythme depuis quelques mois de 40 000 à 50 000 demandeurs d’emploi de plus chaque mois, ce qui signifie à peu près l’équivalent de ce que l’on a vécu au début des années 1990. C’est extrêmement mauvais.
Sur la crise, je ne reviendrais pas sur les propos d’Alain et Luc. Je vais essayer de vous dire mon appréciation puis on débouchera plus directement sur les questions d’emploi. Premièrement, ce qui me frappe à la différence des autres grandes crises que l’on a connues depuis trente ans, les crises militaires, pétrolières à la suite de la guerre du Golfe, les crises terroristes, c’est que outre la rapidité de ses effets, c’est une crise systémique d’origine financière. Là on a assisté à un emballement extrêmement étonnant où on a eu un décalage entre l’économie financière et l’économie réelle, où les financiers donnaient le sentiment de vivre dans une espèce de sphère qui était déconnectée de la réalité. Cet emballement a été extrêmement fâcheux mais on l’a constaté. Certains ont dit que l’on avait remplacé les comptables par des spécialistes de la probabilité ou des statisticiens, quand on en arrive là c’est extrêmement inquiétant.

De cette crise systémique sur le plan financier, il peut sortir quelque chose de favorable : on aura enfin compris que l’on ne peut pas demander durablement à l’économie réelle des taux de rendement de 15 % par an. C’était un défi au bons sens. On peut avoir une certaine âpreté au gain quand on place son argent mais de là à exiger des choses totalement déraisonnables même en faisant des gains de productivité monstrueux on n’arrive jamais à dégager des sommes aussi importantes que celles qui étaient exigées souvent par les analystes, par les actionnaires.

Le contexte économique est totalement différent de celui que l’on a connu dans le passé au niveau des autres crises. Nous sommes maintenant dans une économie globale, ce que l’on appelle la mondialisation. Avec un élément fort, cette mondialisation on peut la contester mais on ne peut pas l’empêcher. Cela explique la contamination extrêmement rapide qui s’est produite entre toutes les économies. L’économie de notre pays est frappée extrêmement rapidement, beaucoup plus rapidement que l’on a pu le voir dans le passé où l’on disait que la France avait toujours un « retard à l’allumage » quand il y avait de la croissance et quand il y avait des crises.

Il y a un élément positif dans cet aspect de la mondialisation. C’est effectivement l’Europe. Je vous laisse à imaginer le nombre de dévaluations compétitives auxquelles on se serait rendu si on avait pas adhérer à l’euro. S’agissant de la mondialisation – je suis d’une génération qui a vu la Chine en situation de famine. Nous n’en sommes plus là : c’est le bénéfice de la mondialisation. Quand un pays comme la Chine qui fait plus d’un milliard d’habitants trottera encore sur un rythme de croissance de près de 8 % ce sont des éléments extrêmement positifs. Il y a des zones d’inquiétude et d’incertitude. Sur la Chine les zones d’inquiétude viennent de quelques faux pas que l’on a pu commettre.  On ne peut pas se priver d’un marché de la taille de la Chine et de relations amicales avec un pays de cette importance. Pour l’Inde cela peut venir de l’intérieur, avec les problèmes de terrorisme que l’on a vécus récemment.
Un autre aspect totalement spécifique de cette crise est un phénomène démographique. Avec des explosions démographiques dans certains pays du monde. Dans notre pays l’effet extrêmement brutal du départ des générations nées dans les années post-guerre à la retraite. Mécaniquement et immédiatement c’est bénéfique. Cela va freiner la hausse du chômage. A long terme, c’est totalement diabolique. C’est de la créativité, de l’innovation en moins, également des marchés intérieurs en moins. Ces aspects démographiques qui sont un des principes qui gouvernent l’économie mondiale, il faut en tenir compte. Ce sont des éléments que l’on n’a pas connus dans les années 1970 quand il y avait le choc pétrolier. C’est quelque chose de nouveau avec des effets contradictoires.
Les mesures

Vous les avez évoquées Monsieur le Premier ministre. Sur le plan social, il faut toujours avoir deux types de mesures. La difficulté est de ne pas confondre ces deux types de mesure. Il faut des mesures conjoncturelles pour atténuer les effets des chocs économiques : amélioration des dispositifs sociaux sur le chômage partiel pour éviter que les gens ne soient en chômage total. C’est effectivement remettre du pouvoir d’achat pour ceux qui sont les plus démunis. C’est une amélioration des dispositifs d’indemnisation de l’inactivité, le chômage. Ce sont d’autre part, des mesures à long terme qu’il faut bien avoir en tête. Concernant plus particulièrement la formation professionnelle, il est plus que temps de mettre à plat ce chantier. Il est absolument insupportable que dans notre pays on dépense 26 milliards d’euros chaque année pour la formation professionnelle avec éternellement, quand il y a un choc, le constat que cela n’a servi quasiment à rien puisque l’argent de la formation professionnelle est allé vers ceux qui avaient déjà de la formation et que l’on reste tout aussi démuni face aux gens qui n’ont pas de qualification.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Merci beaucoup. Vous parlez les uns et les autres, de dévaluation compétitive. Il ne faut pas oublier qu’après la crise de 1929 il y a eu 40 dévaluations. D’appauvrissement en appauvrissement, le risque est fatal. Dans cette situation où l’on a un ralentissement mondial, la tentation est très forte. Le fait que des pays comme l’Islande ou le Danemark soient déterminés aujourd’hui à rejoindre la zone euro alors qu’ils étaient jusqu’à maintenant très réservés, montre la nécessité de la protection d’un espace économique soudé. Peut-être qu’il faudra donner à cet espace une gouvernance économique un peu plus cohérente pour tirer les leçons des événements actuels et éviter les divergences de réaction d’un pays à l’autre.
Le regard entrepreneurial maintenant avec celui du président DAGUIN puis celui du président DEBUSCHERE.

André DAGUIN, membre du Conseil économique et social
Merci Jean-Pierre de m’avoir convié. On parle de l’euro. L’euro a eu le principal défaut de faire monter le prix du café au bistrot et de tarir les quêtes à la messe. Je préside la destinée de 200 000 entreprises de la restauration. La carte de crédit, l’ordinateur, le chèque ont fait qu’ils sont devenus virtueux malgré eux. Ils ont l’impression d’être invulnérables. La crise dont nous parlons dans l’industrie ne les a pas encore touchés. Ça viendra peut-être.  Il y a sans doute une crise conjoncturelle mais aussi une crise structurelle parce que certaines façons d’exercer ce métier ne sont plus adaptées à la clientèle. Le tourisme a fait sa mondialisation depuis longtemps. L’hôtelier de Poitiers est en concurrence directe avec un hôtelier d’Australie ou de Londres. Le touriste vient du monde entier et il est normal qu’il soit accueilli par des employés du monde entier. La mondialisation chez nous s’est faite sans y penser et même sans l’avoir, on a trouvé cela naturel.

Il y a dix ou quinze ans, on était plus lent et la crise n’aurait pas eu cette espèce de vent tourbillonnant qu’elle est devenue. La presse l’amplifie parce que les trains qui arrivent à l’heure sont moins intéressants que ceux qui déraillent. Le restaurateur qui est fermé parce que l’on a trouvé chez lui ce qu’il ne fallait pas c’est plus intéressant qu’un restaurant qui fonctionne bien. Dans nos entreprises, il n’y a pas de plan de licenciement ou social, on coule avec le bateau quand il coule. En 2006, 20 000 emplois ont été créés, en 2007 26 000. Il y a là des « petits durs » de l’économie. Ils sont moins vulnérables que de grands groupes qui sont intelligents. Je me souviens de ce que disait DEFFERRE : « L’intelligence sans la fermeté n’est qu’un vilain défaut ». Les nôtres sont fermes même si quelquefois ils sont moins intelligents. Ils sont toujours là, toujours des restaurants, des bistrots. Quand on dit aux restaurateurs que ce sont des fauteurs de trouble parce que l’on boit chez eux avant d’aller conduire, ils sont là et ils achètent des produits des pays où ils exercent. Le tourisme est beaucoup plus qu’il n’y paraît, c’est un lien social formidable. Les acteurs du tourisme vivent sur les pays où ils exercent. Les restaurateurs achètent les produits des agriculteurs de la région. Il y a là un point dur qui nous permettra de passer sans doute la crise. Il n’y a pas une crise sans l’après-crise. Ceux qui auront préparé plus vite l’après-crise sans doute s’en tireront très bien. Je ne voudrais pas passer pour l’optimiste béat mais si on a un peu de fermeté et si, comme quelquefois les Anglais au rugby, on ne recule jamais on arrivera à passer ce cap.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Merci Monsieur le président. Beaucoup de choses  importantes ont été dites. Peut-être que le président BERTAUD nous dira un mot sur l’activité du Futuroscope. Je voyais récemment les chiffres de Disney World en région parisienne qui étaient très bons sur le mois de novembre. Il faut que l’on regarde secteur après secteur. Il y a des difficultés suivant un certain nombre de marchés mais pour d’autres secteurs aujourd’hui – on pourra peut-être en parler sur les prévisions de la consommation – il n’est pas dit que la consommation puisse être globalement en effondrement. Il peut même avoir un certain nombre de secteurs pour lesquels il y ait des redistributions. Je voyais récemment des gens du gouvernement tunisien qui disaient que pour Noël ils avaient une clientèle française en expansion, des gens qui avaient renoncé aux Antilles pour aller en Tunisie. Il y a des transferts de consommation à chaque fois. À chaque fois quand il y a transfert il y a sans doute des gens qui perdent mais des gens qui gagnent. Il ne faut pas mésestimer ceux qui peuvent à un moment ou à un autre être des porteurs d’espoir et de développement.

Alain DEBUSCHERE, président de la chambre de commerce et d’industrie de la Vienne
Comme je suis ici le porte-parole des entreprises, je vais réagir aux propos, vous donner notre perception de la crise financière.
On est toujours frappé par le fait que si on a dans un pays une baisse des actifs, forcément on a une augmentation des inactifs et l’on a une montée de la productivité ce qui génère un peu plus de chômeurs. Je suis dans l’analyse très micro mais très réelle de ce que les entrepreneurs de l’économie réelle ont en tête. Une entreprise et le système économique ne fonctionnent que dans la mesure où l’on a des consommateurs. Or quelle est l’entreprise citoyenne pour faire cela ? La petite entreprise qui produit mais qui donne les moyens aux salariés qui travaillent dans l’entreprise d’acheter les produits. C’est assez basique mais c’est assez important de se le rappeler. D’autre part on considère que sur un territoire il faut peut-être – dans ce pays le généraliser - régénérer toutes les entreprises utilisatrices de main-d’œuvre car ce sont des fondamentaux. On a un peu oublié cette économie réelle. Regardons comment on peut agir pour faire travailler un peu plus de nos concitoyens. J’utilise ce mot d’industrie traditionnelle et pour certaines vieillissante - il faut simplement se remettre au goût du jour - mais qui sont utilisatrices de main-d’œuvre.
La mondialisation on l’a parfaitement comprise. C’est une chance mais c’est aussi un risque. La chance est que l’on agrandit son territoire mais le problème quand on est entrepreneur, c’est le consommateur. En agrandissant le territoire va-t-on avoir des consommateurs qui vont avoir les moyens d’acheter ce que l’on va produire ? La mondialisation devrait avoir un élément régulateur ou de réciprocité. Quand une entreprise est obligée, après deux ou trois plans de licenciement, de délocaliser pour enfin continuer d’exister, c’est la marque d’un disfonctionnement. Ce sont des choses qu’il faut prendre en note et essayer d’y répondre. Je voulais simplement rappeler des choses qui nous semblent assez basiques. Je comprends bien que l’on ne puisse pas mettre des frontières partout mais ce qui est important pour la PME c’est lui donner l’activité qui lui est nécessaire pour fonctionner et pour payer ses salariés.

Sur l’automobile nous avons l’impression que depuis quelques années nous n’avons pas forcément bien communiqué sur l’automobile et donner envie d’en acheter beaucoup. L’automobile telle qu’elle est construite aujourd’hui a ses avantages et ses inconvénients. Dans toute activité vous avez toujours une vache à lait. La vache à lait de l’automobile n’est pas neutre dans ce pays. Une autre forme d’automobile intéresse tout le monde : hybride, électrique, etc. N’a-t-on pas été trop vite pour dire que l’automobile traditionnelle ne fonctionnait plus avant d’avoir préparé celle qui est l’automobile de demain ?

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur
Alain DEBUSCHERE a peut-être raison. Le problème de l’économie comme de la politique c’est d’être là au bon moment. Notre région a lancé les travaux sur le véhicule électrique depuis 1995. Il faut toujours à la fois être innovant mais être là au bon moment. C’est vrai pour l’économie mais aussi pour la politique.

Intervenant de chez Safran
Les bienfaits de la mondialisation sur certains secteurs y compris industriels sont évidents. La Chine, l’inde c’est plus d’un milliard d’habitants.  Ces pays imposent des implantations industrielles sur leur sol, imposent des transferts de technologie mais pour autant jamais des entreprises comme Safran ou EADS ne se seraient autant développées s’il n’y avait pas eu des centaines d’Airbus vendus en Chine. Quand nous nous implantons également au Mexique pour faire des câblages d’avions par exemple, cela ne retire pas – contrairement à ce que certains ont pu dire – du travail à des salariés français, simplement cela conforte l’entreprise française en question et d’autre part cela élève le niveau de vie des Mexicains et Mexicaines qui vont pouvoir utiliser des transports en commun, vont pouvoir acheter des véhicules. Cela impose une course en tête en matière de technologie. Parce qu’il faut toujours que l’on ait un pas d’avance par rapport à ces pays qui se développent. Nous avons suffisamment d’intelligence dans le pays pour le faire. Nous avons suffisamment de dynamisme au niveau de nos PME pour peu que nos grandes entreprises sachent, quand il y a des crises de liquidités,  faire leur devoir vis-à-vis de leurs sous-traitants et de leurs PME.

Alain DEBUSCHERE
Je pense que nous ne sommes pas en contradiction sur cette analyse.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Ce n’est pas gênant d’être en contradiction entre grands et  petits. Je suis en contradiction avec les grandes surfaces sur un point : on me dit que les délais de paiement sont en train de passer à 74 jours. Si cette information est exacte alors que l’on oblige les collectivités locales à ramener ce délai à 45 jours il y a véritablement une difficulté à surmonter car il est anormal que les grands fassent de la trésorerie sur le petit.

Jean-Michel GORRY, agriculteur dans la Vienne
Je suis agriculteur dans le sud du département de la Vienne. On dit que la crise actuelle est surtout une crise financière. Dans toutes les transactions mondiales, quelle est la part des transactions purement financières et la part des transactions liées à un échange de bien, par exemple quand Monsieur DEBUSCHERE vend un immeuble à Dubaï il y a une transaction financière ou il y a un échange de bien, quand on achète du cacao en Afrique et qu’on vend en Égypte il y a un échange commercial. J’ai lu que la part des transactions de biens par rapport à la part des transactions purement financières représentait 0,2 % c’est-à-dire que 99,8 % des transactions faites dans le monde sont liées à des mouvements purement financiers. Le chiffre est-il exact ?
Ma deuxième question porte sur la responsabilité des banques. En ce moment le Gouvernement incite beaucoup les banques à prêter aux entreprises. Dans le domaine agricole, la responsabilité du Crédit Agricole a souvent été engagée dans certaines entreprises parce qu’il y a eu de l’incitation au surendettement. Comment ce problème s’articule avec le fait que le Gouvernement incite les banques à prêter à des entreprises ?
Le premier intervenant a parlé d’instaurer de nouvelles régulations dans le monde. En agriculture on avait pas mal de régulations. On avait des interprofessions pour essayer de faire en sorte qu’il y ait un certain équilibre entre les différents intervenants sur une filière. Il y avait des interprofessions sur la viande, des réunions dans lesquelles participaient les agriculteurs, notamment les abatteurs et les grandes surfaces pour essayer de faire en sorte que tout le monde tire son épingle du jeu, notamment dans certaines crises alimentaires que l’on a connues dans les années passées. Je voudrais attirer l’attention de Madame MORIN députée européen sur le fait qu’en France ces interprofessions sont remises en cause. L’Union européenne remet en cause certaines régulations sur le marché des grains que l’on appelait « l’intervention » ou qui étaient gérées par l’Office national interprofessionnel des céréales. Cela consistait quand les prix étaient bas à acheter des céréales donc à soutenir les prix qui étaient payés aux agriculteurs et quand il y avait une baisse de production à remettre ces produits sur le marché pour qu’il n’y ait pas de pénurie pour les consommateurs. Il y a une certaine antinomie entre le fait que l’on supprime certaines régulations aujourd’hui et le fait que certaines personnes comme vous et même notre président de la République incitent à ce qu’il y ait des régulations pour éviter les dérives.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur
Le talent c’est quelque chose d’héréditaire visiblement. On va prendre d’abord l’aspect des échanges financiers. Pour aller dans le même sens que ce qu’a dit notre ami, j’ai entendu à la radio un membre du Conseil économique et social qui disait que quand aux États-Unis quelqu’un créait un dollar de valeur ajoutée les banquiers se vendent ce dollar 44 fois, est-ce réaliste ?

Alain DEBUSCHERE
Les ordres de grandeur cités me paraissent tout à fait réalistes. Quand on parle de mondialisation, il y a deux choses différentes. La mondialisation économique est quelque chose d’extrêmement ancien. Le commerce lointain avec les Indes, les mouvements démographiques qu’il y a eu entre l’Ancien et le Nouveau monde sont des choses qui ont toujours eu une très grande ampleur depuis très longtemps. Ce qui est nouveau c’est cette mondialisation financière qui fait que le même euro peut dans la journée circuler plusieurs fois entre différentes places du monde. En se prêtant les uns aux autres, on arrive finalement à partir d’un euro d’économie réelle par le jeu des prêts, des LBO,  à générer de l’endettement et des circuits financiers très considérables.

Sur la responsabilité des banques, je n’ai pas de jugement à porter sur le Crédit Agricole. Pour défendre les banques, on leur reproche alternativement de trop prêter ou ne pas prêter assez. Dans certains moments on dit aux banques vous ne prêtez pas assez aux gens à faible revenu ou aux gens en difficulté et à d’autres moments on leur reproche de trop prêter. Nous sommes face à un problème plus général qui est l’adéquation entre les bons projets et les bons financements. Il y a un mystère dans ce pays c’est que les gens qui ont de l’argent disent qu’ils cherchent de bons projets et ne les trouvent pas et ceux qui ont des projets disent qu’ils ont de bons projets mais ne trouvent pas d’argent. Il y a un mystère permanent que l’on soit en phase de croissance ou de crise qui est très difficile à démêler.

En matière de régulation, il est vrai que l’on manque de bonnes pratiques dans certains domaines. Mais la crise actuelle peut aussi s’expliquer par de mauvaises régulations. Les normes comptables, les normes prudentielles sont des choses qui ont plutôt eu pour effet d’aggraver la crise. Les modes publics de refinancement de crédits hypothécaires aux États-Unis ont aussi aggravé la crise. Il faut regarder dans le détail. On a manqué de régulation mais certaines régulations ont été aussi trop rigides.

 

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Je partage ton point de vue : nous devons réfléchir à l’organisation et à la spécificité française dans l’économie mondiale, par exemple à la place de notre agriculture. Ce que tu dis pour le grain est vrai aussi pour le lait. On a vu la DGCCRF aujourd’hui remettre en cause les accords sur le prix du lait parce que l’on nous accuse d’entente quand les coopératives, les industriels, les producteurs se mettent tous d’accord pour avoir un prix d’équilibre. L’Union européenne dit entente et donc un grand monopole industriel se fait rappeler à l’ordre. Vous avez d’un côté le ministère de l’Agriculture qui pousse à l’interprofession et d’un autre côté le ministère de Bercy qui dit que si on arrive à un accord il sera cassé, comme s’il fallait faire de l’interprofession sans qu’il y ait accord. C’est un vrai problème, notamment pour la spécificité française d’un certain nombre de marchés.

Intervenante
C’est à ce titre que je vais vous parler de l’alimentaire et d’une loi, la LME, qui va permettre  l’ouverture massive de grandes surfaces dans notre pays. Ne pensez-vous pas que cela va accélérer la situation explosive du commerce ?
Au niveau de la formation, même si nous ne sommes moins touchés par la crise en agroalimentaire, nous sommes tous convaincus qu’en 2009  nos activités baisseront de 10 ou 20 %. Au lieu d’avoir des plans de licenciement de nos salariés, ne pourrait-on pas nous aider à faire en sorte que l’on forme mieux nos personnels aux métiers de demain mais aussi aux nouvelles technologies de demain ?  Si on veut être prêt pour l’après-crise il faut nous aider sur ce point.

Il faudrait développer de nouveaux systèmes de mutualisation. Il faut que les politiques se rapprochent des entreprises pour voir comment nous pouvons trouver de nouveaux systèmes qui permettent à un groupement d’entreprises d’accéder à de nouveaux services. Nous ne pourrons plus nous payer chacun des forces de vente indépendantes. Nos PME ont de l’avenir mais il faut trouver des moyens d’être plus intelligent et travailler en réseau, ensemble.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
 Peut-être une intervention de Luc (ROUSSEAU) sur l’aspect LME, et sur la formation Dominique-Jean (CHERTIER) sur l’aspect social. Sur l’aspect LME en corrélation avec ce qui est posé comme question, peut-on faire quelque chose pour les délais de paiement ?

Luc ROUSSEAU, directeur général des entreprises, ministère de l’Économie et des Finances
Mutualisation des PME sur un certain nombre de fonctions, sur les évolutions, c’est la thématique de la taille. Est-ce que les PME françaises ne sont pas trop petites par rapport aux entreprises allemandes ? Je vous renvoie à un excellent rapport de Françoise VILAIN au Conseil économique et social qui décrit un certain nombre de pistes. Je vous renvoie vers le préfet de région et vers la Direction régionale de l’industrie et de la recherche et de l’environnement qui dans ses actions de développement économique a un axe d’actions que nous appelons « actions collectives » qui visent à faciliter les groupements d’entreprises sous des formes diverses : groupements d’achat, de commercialisation, mise en moyen de bureau d’études, etc. des rapprochements qui peuvent aller plus loin. C’est un axe prioritaire de l’action des DRIRE auprès du tissu de PME. Soit directement auprès de la DRIRE soit via le préfet de région regardez s’il n’y a pas une action à monter très concrète en Poitou-Charentes pour mutualiser un certain nombre de fonctions dans l’agroalimentaire ou dans d’autres secteurs.
S’agissant de la loi de modernisation de l’économie, l’urbanisme commercial a été l’un des sujets les plus discutés au Parlement, donc je laisserais les parlementaires s’exprimer sur le sujet.

Sur le délai de paiement, il faudrait rappeler ce dont on parle. Il y a les délais de paiement commerciaux, les délais contractuels, puis les retards de paiement c’est-à-dire quand on ne respecte pas les délais. Que dit la LME du 4 août dernier ? Que ces délais pour les contrats passés à partir du 1er janvier vont être ramenés à 45 jours fin de mois ou 60 jours net. C’est une mesure forte. S’il y a accords de branche, le Gouvernement a fait savoir que les accords doivent faciliter la transition sur 3 ans pour atteindre cet objectif. Si les professionnels se mettent d’accord, le Gouvernement soutiendra un accord professionnel. Raccourcir les délais de paiement c’est diminuer le besoin de fonds de roulement des entreprises. Précédemment il y a eu des allusions au bilan des entreprises. Globalement les entreprises notamment les PME françaises ont des bilans plutôt fragiles donc c’est une mesure qui va en grande majorité conforter leur bilan. Il y a un certain nombre de cas où ceci n’est pas vrai. Principalement quand on ne peut pas répercuter les baisse de délais de paiement au bout de la chaîne auprès de ses clients, ceux qui paient comptant. On voit un problème en bout de chaîne qui concerne une minorité d’entreprises, parfois grosses, parfois petites, qui vont se retrouver avec un problème de financement de leur besoin de fonds de roulement. Pour ces entreprises, le Gouvernement  va faire en sorte qu’il y ait des dispositifs d’accompagnement pour financer l’augmentation de ces besoins de fonds de roulement. La grande majorité des PME vont être directement bénéficiaires. L’analyse montre, même s’il y a des difficultés ponctuelles, un bilan très favorable à l’intérêt de réduire les délais de paiement en France où dans de nombreuses professions il y a 90 jours fin de mois. Cette réduction à 45 jours est très significative pour les entreprises. Lorsque la loi a été préparée et votée, nous ne connaissions pas la crise financière. Cette mesure tombe à point nommé. Le président de la République s’exprimait à Annecy sur le sujet en raison de certaines difficultés et réticences a dit  clairement qu’il y avait beaucoup plus d’avantages que d’inconvénients, qu’il n’y aurait pas de moratoire, que là où il y avait des difficultés il y aura des accompagnements par les circuits financiers d’abord privés auprès des banques, avec un appui par l’intermédiaire d’Oséo en garantie ou en cofinancement.

Dominique-Jean CHERTIER, président de Pôle Emploi
Sur la mutualisation de certaines fonctions pour les PME et TPE des dispositifs nouveaux viennent d’être mis en place sur le plan juridique qui permettent tout à fait cette mutualisation. Ils sont assez peu connus, ne sont pas rentrés dans les mœurs et dans les faits. Nous avons tout à fait la possibilité quand nous sommes deux PME, deux TPE d’avoir quelques fonctions en commun. Cela peut fonctionner de façon relativement simple. Je connais les difficultés psychologiques de se partager un salarié ou un responsable entre deux sociétés. On le vit au sein d’un groupe pas seulement dans les petites entreprises.

Sur la formation professionnelle, ce que vous dites est frappé au coin du bon sens. Heureusement nous faisons tous ce même constat. Effectivement la France est le pays au monde où nous dépensons le plus en formation professionnelle continue, 26 milliards d’euros chaque année. Plusieurs rapports ont été faits sur ces dépenses, notamment un rapport de la Cour des comptes et un rapport fait par un patron d’un cabinet d’expertise sociale Monsieur FERRACCI ainsi qu’un rapport sénatorial de Monsieur CARLE. Nous avons un problème de destination des sommes consacrées à la formation, elles vont plutôt vers les gens qui sont déjà formés que ceux qui ont besoin de formation. La caricature est le polytechnicien de 35 ans qui commence à s’embêter et demande à avoir une formation complémentaire à l’INSEAD. Comme on a peur qu’il parte, on lui donne. Avec la même somme on formerait pas mal d’ouvriers pour les mettre au niveau de qualification requis. C’est une caricature que l’on rencontre.

Il y a un problème d’évaluation. Les sommes sont dépensées mais il n’y a pas de contrôle qualité ou peu. Des gens vont dans des stages, on leur demande ce qu’ils en ont pensé, ils répondent que cela était agréable parce qu’ils n’étaient pas au travail. Globalement sans apprécier vraiment s’il y a une qualification supplémentaire acquise. Quelque chose relève des employeurs : il y a de la perte au feu en matière financière. Depuis les années 1970 nous avons monté un système de collecte des sommes où il y a des « trous dans les tuyaux ». Il y a de l’évaporation. On finance beaucoup de structures. Quand il faut regrouper des systèmes de collecte des fonds pour les petites entreprises, tout le monde se met en boule parce que ce sont des structures qui produisent des postes de président, de directeur. Si on ne résout pas ce problème de tuyauterie, on continuera à mettre de l’argent en pure perte alors qu’il serait bien plus utile aux gens qui en ont vraiment besoin, plutôt que de financer des structures qui ne servent strictement à rien.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Beaucoup d’organisations professionnelles sont financées par les fonds de formation. Mais quand on veut s’y attaquer, cela n’est pas simple parce que l’on met toute l’organisation professionnelle en difficultés.

Alain FOUCHE, sénateur de la Vienne
En matière de production automobile, je crains qu’un certain nombre de bassins d’emploi perdent encore des effectifs malgré les mesures prises. Est-il envisagé un certain nombre de mesures de remplacement dans le cadre de l’aménagement du territoire ? Le préfet AUBERT intervient sur un certain nombre de sites. De vraies mesures vont-elles être mises en place ? Parfois je me pose des questions. Par exemple, nous avons délocalisé des institutions autour de Paris. Ne faudrait-il pas plutôt les délocaliser dans des secteurs où il y a des difficultés.
Ma deuxième inquiétude concerne le véhicule propre, celui de demain. La Chine, qui a beaucoup travaillé, est en avance. La Corée est en avance. L’Inde aussi.  Notre retard dans ce domaine ne condamne-il pas notre industrie ?

Luc ROUSSEAU, directeur général des entreprises, ministère de l’Économie et des Finances
La filière automobile est très exposée parce que nous avons clairement un creux de cycle. L’appareil de production est réparti aujourd’hui sur toute l’Europe et pas simplement en Europe de l’Ouest. Quand nous avons des surcapacités, il y a des tentations de diminuer les emplois là où les salaires sont les plus élevés.
Il y a sans doute un changement dû à l’influence du changement climatique, du Grenelle. Après la mode des 4×4, on est en train d’avoir la mode des véhicules faiblement émetteurs de CO2 soit avec des technologies nouvelles (électriques) ou tout simplement plus petits. Cela avantage plutôt nos constructeurs, pas forcément notre activité économique parce qu’ils sont délocalisés. Si on prend le bas de gamme de chez Renault, la Twingo est produite en Slovénie. Si on prend Citroën ou Peugeot le modèle C1 ou 107 est fabriqué en République tchèque. Nous avons un sujet de préoccupation. A contrario le haut de gamme fait à Rennes ou à Sandouville a des difficultés de vente parce que le créneau se réduit et parce qu’il y a un problème de choix du consommateur qui est exigeant, regarde le rapport qualité/prix et qui adresse un défi de productivité, de qualité aux constructeurs et à leurs sous-traitants.

Il faut à la fois avoir une réponse de long terme et prendre des mesures de court terme. Avoir une réponse de long terme c’est-à-dire avoir une offre adaptée au marché de demain. Le véhicule électrique en fait partie. Mais l’amélioration de la qualité en fait partie, la diminution des consommations, des sujets sur lesquels les constructeurs français ont des atouts à faire valoir par rapport à leurs concurrents occidentaux, a fortiori par rapport à leurs concurrents indiens et chinois. Les constructeurs indiens et chinois sont-ils une menace, oui. Une menace immédiate, non. Il n’est pas trop tard, rien n’est fatal. Il y a urgence à agir de façon plus intensive, c’est-à-dire investir plus en R&D, remettre en cause un certain nombre de modes de construction pour être plus compétitifs. Il y a une exigence de compétitivité. À court terme il y a plutôt une compétition interne à l’Europe de l’Ouest. Est-ce que les usines françaises vont être plus compétitives ? Il va y avoir une réduction des capacités en Europe de l’Ouest, en partie accélérée par les nécessités de la conjoncture et la répartition de 2010 ou de 2015 de la construction automobile sera moins d’usines en Europe de l’Ouest,  un peu plus en Europe de l’Est ou bassin Euromed. Renault construit une usine à Tanger pour le marché du Maghreb comme on avait construit des usines à l’Est pour le marché de l’Est. On voit les Dacia arriver en France. Si ce n’est pas des Dacia, cela sera des Skoda… Il ne faut pas lutter contre le comportement de nos constructeurs, il faut s’adapter et être compétitifs. Entre nous, on est plutôt content que cela soit Villevorde qui ferme en Belgique qu’une usine en France. Plutôt content que l’on conforte Sandouville. Une annonce a été obtenue, en accompagnant l’effort d’investissement de Renault. Il y a une compétition. Il faut être compétitif. S’il y a des réductions de capacités, et il y aura des fermetures de sites, il faut plutôt que cela soit en dehors du territoire national que dedans. Pour cela il y a un certain nombre de mesures.

La taxe professionnelle est un sujet sensible chez les élus. Spécificité française qui handicape l’investissement. La taxe professionnelle sur 10 ans c’est en moyenne une taxe de 30 % sur l’investissement. Cette taxe professionnelle qui taxe l’investissement, qui taxe les usines, il n’y a qu’en France qu’elle existe. Une mesure transitoire, prise pour 2009, consiste à exonérer de taxe professionnelle les investissements nouveaux. Elle traduit bien une volonté de donner des atouts pour un avenir industriel en France. L’automobile était au cœur de nos préoccupations. Monsieur GHOSN  prévoit de développer en France un véhicule électrique. Vous avez raison de dire que si on n’apporte pas les solutions en Europe, ce sont les Chinois qui vont les apporter parce qu’ils font du vélo électrique, du scooter électrique, du véhicule électrique. Pourquoi aujourd’hui plutôt qu’hier ? Il y a eu une avancée sur les batteries. La grande limitation d’un véhicule électrique était la distance parcourue limitée à 100 km. Aujourd’hui nous arrivons à faire 200 km. Une part forte de la valeur ajoutée est aujourd’hui dans le moteur – un moteur thermique coûte cher – demain un tiers du prix du véhicule sera dans les batteries. Non seulement il faut avoir de bonnes batteries mais aussi avoir la capacité et la technologie de les faire en France. Nous avons quelques atouts mais il y a des concurrents dont les plus performants sont au Japon. Le deuxième élément est qu’il faut en abaisser le coût. Pour le faire il faut en faire beaucoup. La difficulté est de faire la jonction entre les quelque centaines fabriquées en Poitou-Charentes et les dizaines voire les centaines de milliers qu’il faut faire par an à la chaîne pour avoir des coûts accessibles. Des mesures de soutien ont été mises en place.

À court terme, nous aurions tort d’être naïfs et de ne pas aider nos constructeurs et leurs équipementiers et sous-traitants comme d’autres vont le faire. La crise va faire des victimes. S’il faut donner un coup de pouce à nos industriels pour que cela ne soit pas eux qui disparaissent. C’est ce que nous essayons de faire en apportant un soutien financier. Hier, le président de la République annonçait un fonds de 300 millions d’euros alimenté par l’État et les gros constructeurs, non pas pour faire de la trésorerie – il y a des sujets de trésorerie mais pour rebondir et préparer demain. Des négociations avec la Banque européenne d’investissements sont en cours pour une rallonge de 2 milliards d’euros de prêts. Les constructeurs français commencent à y avoir recours. Sur le soutien à la consommation, il y a la prime à la casse. Il y a l’accès à la SFEF société de refinancement des banques qui a été élargi aux sociétés de crédit qui sont internalisées chez les constructeurs automobiles pour soutenir ce creux de vague et éviter une baisse des volumes trop forte et fatale à un certain nombre de sous-traitants.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Merci Luc. Ce qui veut dire que la compétition est là, notamment entre la France et l’Allemagne, l’Allemagne qui a ses marchés très protégés à l’Est. Nous avons des marchés au Sud, notamment des marchés automobiles dans le Maghreb et ailleurs. Il faut rester très vigilant parce que l’Allemagne a son arrière-bassin avec l’Est, nous nous avons notre bassin au Sud. Le développement de la croissance est aussi très important dans ces bassins,  y compris pour nos propres véhicules. Quand vous allez dans ces pays, vous voyez l’importance des marques françaises. Soyons très attentifs à ce qu’à la fois on protège notre industrie mais que l’on ne joue pas une logique extrême de protectionnisme qui nous fermerait des marchés.

Claude BERTAUD, président du conseil général de la Vienne
Je voudrais rebondir sur la formation professionnelle. Nous tenons dans ce département chaque année deux forums de l’emploi c’est-à-dire que nous mettons en relation des chefs d’entreprise avec des demandeurs d’emploi. Cette année nous avions 122 entreprises qui proposaient 2 500 emplois le jour même du forum. Nous avons reçu environ 3 000 demandeurs d’emploi. La problématique que nous rencontrons chaque année est l’adéquation entre l’offre d’emploi et les demandeurs d’emploi et leur qualification. C’est un problème récurrent. Vous avez indiqué l’importance que représentait la formation professionnelle. Il y a quelque chose à faire. L’an passé sur environ 4 000 offres d’emploi sur les deux forums nous avons réussi à placer 750 demandeurs d’emploi. Il y a vraiment une inadéquation entre l’offre et la demande d’où la nécessité d’une réactivité très forte et plus que jamais en ce moment avec cette crise.

Jean-Pierre tu m’as tendu la perche sur l’hôtellerie, j’irais dans le sens de Monsieur DAGUIN. Le Futuroscope depuis 2002 ne cesse de progresser. La fréquentation est en augmentation, nous avons dû prendre 3 à 4 % cette année. Nous en sommes à 1,6 million de visiteurs. Le panier moyen a augmenté environ d’un euro. Au total dans ce département ce sont plus de 3 millions de visiteurs pour un chiffre d’affaires de 450 millions d’euros, ce qui est important et 3 000 emplois directs ou indirects. D’où notre optimisme. Bien sûr pour 2009 on s’interroge. Le président du directoire Dominique HUMMEL est dans la salle. Nous sommes en train de « jeter » les futures bases sur lesquelles nous allons partir pour 2009. Je crois qu’il faut être relativement optimiste à condition que l’on travaille, que l’on fasse de la qualité. On le voit bien au niveau de la restauration, de l’hôtellerie où les trois à quatre étoiles l’ont emporté très largement. Voilà ce que je voulais vous dire sur la formation professionnelle et sur l’économie touristique départementale.

Monsieur Berger
Je voudrais m’adresser au président DAGUIN. Il a fait référence à une équipe de rugby, préconisant de ne pas reculer. Je préfère plutôt dire marquer des essais et transformer, je suis plutôt de ce tempérament. Le président DEBUSCHERE nous a parlé de confiance. Président Daguin, j’étais derrière vous en 2007  quand nous revendiquions pour un taux de TVA à 5,5% et sur lequel nous avions mis beaucoup d’espoir. Beaucoup d’annonces ont été faites par notre président de la République et on ne voit rien venir. Des annonces on veut bien y croire, mais il faut un jour ou l’autre qu’on en voie la couleur. Si au lieu de le descendre à 5,5 % comme on nous l’avait promis, comme le président DAGUIN l’avait dit, on le ramenait à 15 % cela serait déjà un premier pas et cela permettrait d’avoir confiance et l’on pourrait croire au moins aux annonces qui nous sont faites.

André DAGUIN, membre du Conseil économique et social
Sur la question du rugby, nous n’avons jamais gagné un match avec une mêlée qui recule.
Il faut savoir que les restaurateurs ont chaque mois 180 euros par salarié. Quand je parle de cela au Medef, à la CGPME ou au CES je vois des gens « jaloux comme des tigres ». Et cela, on le doit à Jean-Pierre Raffarin.
La TVA on ne peut pas ne pas l’avoir. Surtout ne pas accepter un taux de 15 % parce qu’on y resterait une fois pour toutes. On aura un taux réduit. Parce que l’annexe n° 4 qui énumère les activités qui par dérogation peuvent être appliquées au taux réduit est périmée fin 2010. La Commission européenne propose l’annexe 3 dans laquelle on retrouve ce qui figurait dans l’annexe 4 à quelques détails, plus la restauration. Cela veut dire que si par malheur la Commission se faisait retoquer nous n’aurions pas le taux réduit mais le bâtiment perdrait le sien. Pensez-vous que le président de la République puisse se permettre une catastrophe économique pareille ? On ne peut pas tolérer qu’un pays empêche un autre de prendre une mesure de sauvetage pour son économie, surtout avec cette crise qui arrive et qui peut nous servir.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Nous jouons très gros sur ce dossier. Globalement nous sommes dans une situation déflationniste. Cela signifie que dans la tête des gens on attend la baisse. C’est ce qui frappe l’immobilier, c’est ce qui frappe toute l’économie. On va attendre la baisse c’est-à-dire que l’on n’achète pas parce que cela sera moins cher demain. C’est vrai du consommateur, c’est vrai de l’entrepreneur. Faisons très attention. Personnellement j’étais pour la prime à la casse, et pas pour une baisse de TVA sur l’automobile. La baisse de la TVA sur l’automobile accélère l’idée que tout va baisser et que quand tout le monde pense que tout va baisser tout le monde attend. C’est cela qui nous fait plonger. Ce pronostic systématique d’effondrement des prix. a fait plonger l’immobilier.  Faisons très attention parce que cette idée déflationniste est une idée majeure. La crise américaine porte la déflation, c’est-à-dire cette course à la baisse, et la baisse veut dire la non-consommation. C’est un sujet très important à prendre en compte dans l’élaboration de stratégies de sortie de crise.

Jean Touré
Je voulais poser deux questions. La première correspond à quelque chose de général. Au début des interventions, vous avez dit que nous avions un problème de liquidités et d’endettement.  Vous n’avez pas parlé de la Chine qui a des excédents énormes sur lesquels j’aimerais avoir une explication.
Ma deuxième remarque porte sur la formation continue. J’ai eu une entreprise, j’avais beaucoup de difficultés à mettre le personnel de bas niveau en formation continue parce qu’il ne le souhaitait pas. Les cadres y vont plus facilement. Pour pouvoir amener un plus grand nombre de personnes à la formation continue il va falloir une règle qui les y oblige sinon dans le système actuel nous n’y arriverons pas.

Jean-Paul MOINARD
Je partage totalement l’analyse que la crise est une crise de l’endettement. Cela m’amène à deux questions : une question macroéconomique, quid de l’endettement de l’État puisque le président vient d’annoncer un certain nombre de mesures absolument indispensables en cette période mais ce ne sont pas avec les excédents de fonctionnement que l’on pourra les financer donc l’Etat va s’endetter encore davantage. Est-ce qu’il n’y aura pas une crise d’endettement de l’État. J’entendais que le recours de l’État à  l’endettement devenait plus difficile. Pouvez-vous nous rassurer là-dessus ?
Une question au niveau microéconomique. L’endettement des PME est sans doute trop important par rapport à leurs fonds propres. J’approuve totalement toutes les mesures de renforcement des fonds propres qui sont proposées et suggérées. Est-ce qu’il ne faut pas aller plus loin ? Pour augmenter les fonds propres, une PME a trois solutions. La première c’est de dégager du résultat mais dans une période qui s’annonce difficile sans doute les résultats ne seront pas à la hauteur et les PME ne distribuent pas de dividendes. Quand elles en distribuent ce sont des sommes tout à fait raisonnables et ce sont des sommes qui sont éventuellement arbitrées avec des rémunérations mais il n’y a pas de montants déraisonnables de dividende. Soit c’est son propriétaire qui fait un apport, soit elles ouvrent le capital. Beaucoup de mesures sont des mesures qui permettent de renforcer les fonds propres par l’ouverture du capital. Ce n’est pas dans la nature d’un chef d’entreprise de PME d’ouvrir son capital. Il me semble qu’il manque une très grande mesure de communication  pour convaincre les chefs d’entreprise que c’est naturel d’ouvrir son capital. On peut y  rencontrer d’autres entrepreneurs,  discuter avec eux, d’échanger et donc s’enrichir avec ce nouvel apport. Il me semble que cette campagne de communication devrait être faite. Il faut sans doute aller plus loin. Aujourd’hui lorsque l’on ouvre son capital, le capital-risqueur qui entre veut sortir à 6 ou 7 ans mais quand il veut sortir il veut avoir fait un taux de rentabilité qui doit être fort parce qu’il avoisine les 15 % dont vous parliez. Ne faudrait-il pas que l’on ait temporairement des mesures où l’ouverture du capital soit moins chère. Les fonds ISF sont une excellente mesure dont j’ai peur qu’ils ne soient qu’un coup d’épée dans l’eau. Quelqu’un qui paie 10 000 euros d’ISF, s’il investit dans le capital d’une entreprise il peut récupérer 7 500 euros d’ISF. Sauf que ces produits sont commercialisés par des financiers qui aujourd’hui veulent lorsque les 10 000 euros ont été investis récupérer 13 000 ou 14 000 dans cinq ans, date pendant laquelle les fonds doivent être bloqués. Il ne faut pas laisser croire à quelqu’un qui a économisé 7 500 euros d’impôt qu’il va pouvoir récupérer 12 000 ou 13 000 euros. S’il récupère ces 7 500 euros cinq ans après il a développé une entreprise et lui, cela ne lui a rien coûté. Voilà le type de mesures, me semble-t-il, qui devraient être accentuées.

Intervenante
Je suis à l’âge où l’on espère après avoir économisé toute sa vie profiter de ses économies, or je me demande comment les banquiers vont pouvoir se relooker car les petits épargnants ont l’impression d’avoir été floué et même sciemment « ruiné ».
Je rebondis sur les propos du président CHERTIER. Nous nous sommes rendu compte que la crise économique avait occulté la crise démographique. Je vais me placer en post-crise économique parce que je suis une personne optimiste et je profite de la multicompétence des experts ici présents pour poser ma question. Quid de l’avenir de nos entreprises par rapport à cette crise démographique et quels pourraient être les remèdes puisqu’il nous reste peut-être un peu de temps pour y penser ?

Alain QUINET, directeur des finances et de la stratégie du groupe Caisse des dépôts
Beaucoup de questions fondamentales ont été posées. Je vais essayer de synthétiser les choses en deux grands points.
Derrière l’excès d’endettement et l’excès de liquidités que l’on a observé au cours de ces dernières années, au niveau mondial, des pays ont accumulé des excédents. Deux grandes zones : la zone asiatique qui a une stratégie fondée sur l’export et a accumulé des excédents commerciaux et les pays producteurs de pétrole qui ont accumulé une rente. Tous ces excédents se sont traduits par des réserves de change très importantes et ces réserves de change ont été placées pour l’essentiel aux États-Unis et ont alimenté le système financier américain. À cela s’est ajoutée la politique monétaire américaine de Greenspan que l’on revisite maintenant avec un esprit plus critique. L’on constate qu’à chaque alerte sur la croissance, la politique monétaire américaine a inondé de liquidités le marché jusqu’à ce que l’on arrive à l’éclatement que l’on observe et que l’on subit.

Une remarque par rapport à ce qui a été dit sur les épargnants. On a beaucoup dit que les années 1980-1990 avaient été les années d’actionnaires très gourmands. On voit aujourd’hui que cette histoire était largement une fable. En fait les actionnaires ont été incapables de contrôler les risques pris par un certain nombre de managers, de banquiers. Aujourd’hui ils sont largement « rincés » par la crise actuelle.

J’en viens au grand défi que vous avez cité. Le premier point concerne l’endettement de l’État. Il faut être très clair. Dans les phases que nous connaissons actuellement il est parfaitement légitime d’avoir recours à l’endettement public. On est dans une phase où le secteur privé, le secteur financier cherchent à se désendetter, si on veut éviter la récession, la déflation, il faut que quelqu’un prenne le relais. C’est à l’État de le faire. La question importante est s’endetter pour faire quoi. Il y a deux conditions pour que l’endettement ne dérape pas : la première est que les dépenses décidées soient utiles, la deuxième est que les dépenses puissent être réversibles. Quand on regarde le paquet de relance qui a été présenté on est sur des dépenses d’investissement donc des dépenses utiles pour l’avenir et des dépenses qui ne génèrent pas de la dépense récurrente. Globalement nous sommes dans ce qu’il faut faire dans la conjoncture actuelle. Cela dit, l’État ne peut pas tout faire. Ses marges de manœuvre ne sont pas illimitées donc il a besoin de relais.

Deux relais sont importants. Le premier est l’utilisation de l’épargne. On a une épargne qui va être extrêmement liquide dans les années qui viennent. Les Français épargnent beaucoup, c’est un atout. Mais cette épargne dans un contexte de crise, de risque, se traduit par une épargne très liquide. À la Caisse des dépôts, nous voyons la collecte du Livret A se gonfler. Les entrepreneurs ont besoin de prêts à long terme. Le premier challenge est comment transformer cette épargne liquide en investissements à long terme. C’est vraiment capital que le système bancaire arrive à retrouver sa fonction historique qui n’est pas de faire du trading, de prendre des risques excessifs mais simplement de transformer l’épargne liquide en prêts long terme. Une dernière chose importante, qui va me permettre de faire de la publicité pour la Caisse des dépôts. Vous avez dit qu’il n’y avait pas assez de communication en ce qui concerne les besoins de fonds propres des entreprises. La mission de la Caisse des dépôts est d’investir en fonds propres dans les entreprises françaises. Pour renforcer cette action, le président de la République a annoncé la création du fonds stratégique d’investissement qui va permettre de mutualiser les moyens de la Caisse des dépôts et les moyens de l’État pour investir davantage dans les fonds propres des entreprises françaises. Je partage les propos de Monsieur MOINARD. Le premier investissement du fonds stratégique a été fait dans Daher. C’est là que le président de la République a annoncé ce fonds. C’est assez typique de tout le potentiel que nous avons. Par conséquent, Daher est une superbe entreprise technologique qui est en train de devenir le grand sous-traitant de l’industrie aéronautique. C’est une entreprise familiale. Les cousins DAHER propriétaires de l’entreprise, depuis plusieurs années se posaient la question de leur croissance, de leur développement, de leurs acquisitions et exprimaient des réticences à ouvrir leur capital à des fonds de private equity, des étrangers. Nous sommes typiquement dans le rôle que des institutions publiques comme la Caisse des dépôts, le fonds stratégique vont pouvoir jouer dans les années à venir, c’est-à-dire accompagner le développement des entreprises en étant à côté d’acteurs familiaux, locaux et leur permettre de franchir une étape. Je termine cette intervention sur un message d’espoir : nous avons la chance d’avoir en France une épargne importante. Il nous faut trouver les outils, les institutions pour que cette épargne soit mise au service du renforcement du fonds propre des entreprises.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne
Je plaide aussi, mon cher Alain, pour que l’on n’ait pas trop de vision franco-française. Les emplois sont nomades, les capitaux sont nomades.  Nous vivons avec le monde entier. Que ce soit des capitaux du pétrole, de Chine, tous ces capitaux circulent. Il faut trouver de bons outils de gouvernance qui pourront les associer à notre développement. Dans la crise faisons attention de ne pas être en guerre contre tout le monde. Nous avons besoin des autres pour nos marchés, nos capitaux. Défendons nos outils au maximum mais veillons à ne jamais apparaître comme des gens repliés sur eux-mêmes parce que quand on se replie sur soi-même ce sont des capitaux qui partent et des marchés qui se ferment. C’est un des éléments difficile de l’équilibre à respecter.

Luc ROUSSEAU, directeur général des entreprises, ministère de l’Économie et des Finances
Je reviens sur le financement des entreprises, notamment pour les entreprises d’une certaine taille. La mesure ISF PME évoquée est une bonne mesure. L’avantage fiscal est plus intéressant quand c’est un investissement direct de proximité, la famille, les amis ou des acteurs sur un bassin d’emplois. Il faut essayer de créer plus de clubs d’investisseurs, de business angels, pour investir dans les PME. Ce sont des acteurs qui ont des comportements pas complètement désintéressés mais moins prédateurs qu’un certain nombre de fonds.

En ce qui concerne le bassin de Châtellerault, il faut partir de ces points forts. Les entreprises sont plus rentables quand elles sont leaders sur un marché que quand elles sont suiveurs. Il faut privilégier ces points forts et faire de la croissance quand on a un avantage compétitif. L’automobile est encore un point fort de l’industrie française. Il faut que l’on soit très actifs là-dessus.
Vous évoquez les talents. Il y a des talents en France, il faut que l’on sache les utiliser au mieux. Deux axes sont importants y compris dans l’automobile, y compris chez les sous-traitants de l’automobile et même au-delà des équipementiers, c’est investir davantage dans l’innovation, dans la recherche. Le crédit impôt recherche a été modernisé et prend en compte 30 % des dépenses. Il a été décidé hier que la restitution c’est-à-dire quand le bénéfice n’est pas suffisant pour éponger le crédit d’impôt recherche, va être dorénavant immédiate, il n’y aura pas besoin d’attendre trois ans. L’économie de 2020 n’est pas celle de 2000 ou de 1990. La France a su prendre le virage des technologies de l’information. Nous avons su prendre avec retard le virage des biotechnologies. Le nouveau virage qui arrive est celui des technologies propres. Nous avons des champions en petites, grandes entreprises chez Veolia ou Suez Environnement.

De façon générale il faut que nos jeunes talents qui sortent d’école n’aillent pas simplement dans les entreprises existantes et les secteurs existants mais qu’on leur facilite la possibilité de créer des entreprises. On peut créer des entreprises à tout âge. Quand Jean-Pierre Raffarin a pris ses fonctions de Premier ministre, la création d’entreprises est à un rythme de 200 000 par an. On était en dessous en 2002, largement au-dessus trois ans après. Il faut arriver dans les écoles d’ingénieurs, les IUT, les cycles universitaires à ce que l’on puisse faciliter, avec des incubateurs, des pépinières la création d’entreprises dans ces nouveaux secteurs en expansion. On ne peut pas simplement défendre les secteurs actuels. Le rôle des pouvoirs publics locaux est primordial parce que c’est une action largement de proximité.

Autre secteur promis à un bel avenir, c’est le tourisme. C’est un point fort français. Nous sommes le pays qui a le plus de touristes étrangers. C’est quelque chose que nous arrivons à peu près à maintenir. Mais nous perdons des parts de marché. Malgré un petit sursaut en 2007, sur les dix ou quinze dernières années nous avons régulièrement perdu des parts de marché. Nous avons des atouts, les atouts touristiques naturels de notre pays sont évidents. Notre gastronomie est aussi notoire. Mais il y a une offre, une qualité d’accueil, une offre en équipements qu’il faut savoir renouveler. Une loi va être présentée prochainement au Parlement sur le tourisme, qui va viser à donner un certain nombre d’assouplissements, d’adaptation sur différentes professions touristiques pour avoir une réactivité meilleure. Il faut investir dans les hommes mais également dans les constructions. Adapter l’offre hôtelière au tourisme international. Nous avons redonné un second souffle récemment à Oséo. C’est l’héritier de la BDPME, c’est une création de Jean-Pierre RAFFARIN qui a fusionné la BDPME et l’ANVAR. La BDPME était déjà une création de Jean-Pierre RAFFARIN avec Alain JUPPE qui avait fusionné le CEPME et Sofaris. Au sein du CEPME il y avait le crédit hôtelier qui était une institution spécialisée. Nous sommes en train de donner un deuxième souffle pour renouveler cette offre touristique.

Nous évoquions la mutualisation. Ce qui croît aujourd’hui de 40 % par an c’est le commerce sur Internet. La conversion de nos entreprises à Internet ne se fait pas à une vitesse fulgurante, et la mutualisation a du mal à se faire. Imaginons que je veuille rester ce week-end sur Poitiers, est-ce qu’en quelques clics je peux avoir l’offre hôtelière de tout Poitiers pour le prochain week-end. Vais-je avoir une liste d’hôtels ou vais-je avoir une carte de Poitiers avec les disponibilités. On pourrait faire la même chose avec les restaurants.

Dominique-Jean CHERTIER, président de Pôle Emploi
Nous avons un problème avec la formation professionnelle. Mais en France nous avons un autre problème qui est tout aussi grave, celui de l’orientation. L’orientation scolaire et l’orientation professionnelle. L’une ne vaut pas mieux que l’autre. On l’a essentiellement fondée sur des critères psychologiques. Je ne peux qu’encourager, en tant que président du Pôle Emploi, tous ceux qui organisent les forums car ce sont des occasions de rencontres avec la vie réelle. Si les gens restent dans les milieux scolaires et universitaires sans avoir de fenêtre ouverte sur le monde, on continuera de former des cohortes entières de gens qui ne trouveront pas ensuite à s’employer.

Je suis allé récemment aux États-Unis. J’ai vu des collections de gens qui avaient mis toute leur épargne dans des fonds soit individuels soit des fonds de placement qui se retrouvent à devoir travailler jusqu’à des âges plus que canoniques parce qu’ils n’ont plus d’argent. Dans notre pays, les gens qui partent à la retraite, au-delà des erreurs ou des risques de placement qu’ils ont pu faire à titre individuel, collectivement ils sont assurés d’avoir une retraite qui se calcule à l’avance et dont ils ont la certitude absolue qu’elle continuera à leur être versée jusqu’au dernier jour de leur vie et reversée pour moitié à leur conjoint survivant le moment venu. C’est un élément extrêmement important de notre couverture sociale, de notre modèle social. Nous avons souvent la mémoire courte, en particulier dans le monde journalistique. Certains ont oublié ce qu’ils avaient écrit en 2002-2003 où ils ne voyaient l’avenir que dans les fonds de pension et où ils considéraient que le système de retraite par répartition était à mettre à plat et à jeter. De la même façon vous en aviez d’autres disant qu’il ne fallait rien changer. En politique il y a quelquefois la nécessité de savoir braver les manifestants d’un jour pour préparer la sécurité du lendemain. Je tiens à rendre hommage à un Premier ministre qui a pris après bien d’autres qui ne l’avaient pas fait, ce dossier à bras-le-corps et l’a traité. La réforme conduite dans le domaine des retraites par Jean-Pierre RAFFARIN n’est pas suffisante financièrement à très long terme mais il a fondé le principe d’un équilibre de notre système de retraite. Chacune et chacun d’entre nous dans cette salle a la certitude qu’il aura un jour une retraite garantie non pas par ses placements plus ou moins hasardeux mais par la génération suivante qui vient travailler pour assurer ses vieux jours.

Dominique CLEMENT, maire de Saint-Benoît (86)
Il y a un outil qu’il ne faut pas sous-estimer  pour réagir au problème de déflation et aussi pour anticiper la sortie de crise c’est l’investissement des collectivités locales. C’est aujourd’hui un outil formidable pour lutter contre la morosité ambiante et pour réalimenter la pompe de l’économie en temps réel. Ici, je pense au véhicule propre. La technologie électrique est totalement mâture pour certaines missions relatives aux collectivités locales. Pour faire le travail des équipes des collectivités locales, la technologie électrique est parfaitement au point. Le petit souci que l’on rencontre, c’est que l’offre court après la demande, la demande court après l’offre. Au niveau des investissements des collectivités locales il y aurait peut-être un outil à mettre en place pour inciter les villes à investir dans ces technologies et faire en sorte que notre économie automobile française arrive dans une position plus favorable à la sortie de crise.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, ancien Premier ministre, Sénateur de la Vienne

Ce qui me paraît extrêmement important dans la situation que nous avons à traverser c’est le fait que nous avons des autorités publiques en France, en Europe et dans le monde qui ont été très réactives. Elles donnent le sentiment – ce qui est important – qu’il y a un retour du politique. Il ne faut pas prendre le politique comme quelque chose qui concerne un homme, un gouvernement ou quelques responsables. Le politique c’est l’intérêt général. Au fond nous sommes tous acteurs dans cette crise : le médecin, le directeur d’hôpital, le salarié, tout le monde est porteur un peu d’intérêt général. Parce qu’il y a des cotisations, du travail, de la valeur ajoutée, une partie de service public dans tout service privé. Ne laissons pas le président de la République seul dans la guerre contre le chômage. Ce n’est pas une action d’un seul homme. Ne nous accusons pas les uns les autres. Quand on accuse les banquiers c’est vrai qu’ils ont fait des erreurs, c’est vrai que la spéculation financière a été quelque chose d’extraordinaire mais la société a été un moment un peu complice. Quand on dit aux Américains achetez votre maison et que l’on vend des maisons à des gens qui ne sont pas solvables c’est quand même le politique qui dit «  vous allez avoir votre maison et vous avez droit à votre maison ». Bill Clinton a fait un programme pour lancer des maisons. Le politique n’est pas innocent. Vous n’avez pas d’argent mais vous pouvez être propriétaire et les banquiers ont rendu la promesse possible. Ce n’est pas parce que les banquiers ont tenu la promesse des politiques que les banquiers sont seuls coupables. Dans une société, ce n’est l’intérêt de personne que la PME doute de son expert-comptable, que l’expert-comptable doute de la banque, que la banque doute de la Caisse des dépôts, qui doute elle-même du gouvernement… Un moment tout le monde pense qu’il faut trouver un responsable, nous sommes dans une crise systémique. C’est vrai qu’il y a eu un certain nombre d’erreurs.  L’économie est virtuelle dans bien des domaines. Quand on boit du vin du Haut Poitou on a du rêve ! Quand L’Oréal vend partout de la laque elle vend « mais vous le valez bien » ! Je suis sûr que la bouteille de laque vaut beaucoup plus chère que ce qu’il y a dedans parce que derrière il y a les stars et tout le rêve que l’on vend. Ce n’est pas d’aujourd’hui qu’il y a du virtuel dans l’économie. Il est vrai que les banquiers ont joué avec le virtuel. Il faut que l’on revienne tous ensemble dans une opposition d’acteurs responsables, avec une forme de bon sens, d’échanges démocratiques pour que l’on puisse mieux comprendre, que finalement chacun se rende compte que nous sortirons de la crise que quand dans nos têtes nous serons décidé de sortir de la crise. Tant que dans nos têtes nous ne voudrons pas consommer, on aura peur, tant que nous serons dans cette situation nous serons en crise. Il faut avoir notre petite thérapie personnelle, passer du temps à l’analyse, bien comprendre ce qui se passe, remettre les idées d’aplomb, revenir à des réalités et faire en sorte qu’on trouve en nous-mêmes la capacité de faire face et d’affronter cette crise. La parole est au préfet de région avec bonheur et honneur.

Bernard TOMASINI, préfet de région Poitou-Charentes
Merci Monsieur le Premier ministre. J’ai retenu de cette réunion deux ou trois éléments. Vous me permettrez très modestement de vous les communiquer. D’abord j’ai remarqué que l’objet de la Fondation c’est mêler la réflexion à l’action. Comprendre pour agir. Ce forum nous a permis grâce aux experts que je salue, grâce aux témoins, de mieux comprendre les origines de la crise. Il faut maintenant que nous puissions développer et mettre en place sur le terrain, sur notre terrain de Poitou-Charentes, sur notre terrain du département de la Vienne les outils pour agir. C’est cette crise qui va nous pousser à faire évoluer l’économie financière vers plus d’économie réelle et sans doute nous donner les moyens maintenant y compris au niveau de notre département de réagir par l’action. L’action, il n’y a pas 36 moyens de la matérialiser, c’est l’action dans l’investissement. Trois types d’investissement ont été présentés par le président de la République : des mesures spécifiques sur l’emploi des PME et sur les restructurations ; hier ces annonces plus fortes avec des éléments positifs au niveau des capacités de faire. Investir dans les moyens de production. Cela dépend des entreprises, des PME. Investir dans les hommes, c’est le problème de la formation et de la formation continue. Investir et je pense spécifiquement au bassin châtelleraudais dans les réorientations pour amener une certaine diversité sur ce bassin d’emplois. C’est entre autres le rôle de facilitateurs des collectivités territoriales par leurs investissements.

Si nous arrivons, et nous y arriverons, à coordonner, harmoniser ces trois actions dans notre département et entre autres dans le châtelleraudais, si l’utilisation de cette boîte à outils que les politiques (au sens noble du terme) auront ouvert avec les décisions qui ont été prises, avec les moyens qui sont à notre disposition, si nous manifestons tous, les entreprises, les collectivités territoriales et l’État cette volonté de l’utiliser nous aurons fait un grand pas vers cette évolution de l’économie financière en faveur de l’économie réelle. Monsieur le Premier ministre, Mesdames, Messieurs, c’est le but que l’État dans le département de la Vienne s’est assigné, c’est le but que le Gouvernement m’a chargé de mettre en place. Croyez bien que ce but fait l’objet de toutes mes attentions. Avec vous parce que l’État ne peut pas tout faire tout seul, je suis persuadé que nous y arriverons. Merci de votre attention. Merci de ce forum.