Jean-Pierre RAFFARIN, président délégué de la Fondation Prospective et Innovation, rend hommage à René MONORY, son fondateur

Mardi 14 avril 2009

René Monory, Sénateur, moderne et sage.

 

 

René Monory a inauguré une nouvelle forme de parcours républicain. Non pas à travers le cursus classique des études comme ce fut le cas par exemple pour un homme comme Georges Pompidou, mais par une voie plus étroite et, à vrai dire, singulière dans un pays marqué par une forte culture administrative et par une faible circulation des élites.

 

René Monory s’est fait tout seul. C’est l’histoire d’un jeune garagiste de Loudun qui est devenu le 2 octobre 1992 le deuxième personnage de l’Etat et qui a fait partie un temps du très petit groupe d’hommes qui auraient pu se voir confier les destinées de leur pays au plus haut niveau.

 

Apprenti garagiste à 15 ans, il conservera de ses origines le goût du travail et de l’effort. Il y ajoutera une capacité d’initiative particulièrement remarquable, nourrie par un appétit d’apprendre et une curiosité de tous les instants bâtie sur une extrême générosité, largement ouverte aux vents du large qu’il s’agisse de sa passion pour les pays d’Afrique ou sa fascination pour les pays les plus avancés, notamment dans le domaine des nouvelles technologies. Il fut sans conteste l’un des premiers hommes politiques français à percevoir le côté positif de la mondialisation et il a eu à cœur très tôt d’en faire bénéficier son département puis ensuite le Sénat.

 

Dès 1984, il lance le projet du Futuroscope de Poitiers, parc européen de l’image, qui reste aujourd’hui une des réalisations les plus emblématiques dans ce domaine en Europe. Visionnaire, il cherche à faire partager ses connaissances. Il est un vulgarisateur de génie.

 

Son entrée au Sénat à 42 ans révèle également une étonnante capacité de gestionnaire forgée dans sa mairie de Loudun et dans son conseil général de la Vienne. Remarqué dans son rôle de Rapporteur général du budget de la commission des Finances, il entre à 54 ans au gouvernement de Raymond Barre comme ministre de l’Industrie puis comme ministre de l’Economie et des Finances, poste qu’il occupera de 1978 à 1981. Il ne sera pas un ministre ordinaire puisque, contre les conservateurs, il militera pour la libération des prix et identifiera son nom à la diffusion de l’épargne populaire. Dans un pays administré où la direction de l’Economie se confondait souvent avec les élites administratives, il fut un défenseur de la libre concurrence mais surtout de l’économie concrète. Après un retour au Sénat, il trouve dans le poste de ministre de l’Education nationale l’occasion de manifester son souci du partage et de transmission des valeurs à la jeunesse. L’alternance de 1988 l’empêchera de poursuivre son ambition de transformation des mentalités, sans laquelle la France ne pourrait pas affronter les nouvelles réalités internationales et mettre en œuvre les capacités considérables de ses enfants.

 

Farouchement indépendant mais habitué à faire confiance, il conquiert de haute lutte la présidence du Sénat le 2 octobre 1992. Jusqu’en 1998, où il sera affaibli par la maladie, il fait souffler sur le Palais du Luxembourg le vent de la modernité, résolu à faire de son assemblée une institution ouverte sur le monde. Il ajoute aux valeurs traditionnelles de pondération du Sénat celles d’attention à une société en mouvement, l’ouverture à l’international et le goût de la réflexion sur l’avenir. A peine élu, il crée une direction des relations internationales, un service de l’informatique et du développement technologique, il lance dès décembre 1995 le premier site Internet d’importance parmi les administrations publiques. Il fait venir au Musée du Luxembourg Bill Gates le 5 février 1997 et ne cesse, à travers ses voyages en Chine, au Japon, en Corée, et régulièrement en Amérique, d’affiner sa connaissance des nouvelles technologies avec le souci ardent de faire partager ces innovations à ses compatriotes. Il transpose à l’administration du Sénat cette ardente passion faisant voyager ses directeurs afin qu’ils participent à l’évolution nécessaire des institutions. Il ne déserte pas pour autant la scène de la politique nationale et c’est pour y démontrer sa fidélité à ses idées et son intérêt pour une économie dynamique et qui sait répartir les profits. Les titres de ses livres résument à la fois son tempérament et son ambition : « combat pour le bon sens », « des clés pour le futur », « la volonté d’agir »…

 

C’est grâce à sa volonté de modernisation que le Sénat peut résister avec succès à la nouvelle tentative de déstabilisation dont il est victime de la part du gouvernement Jospin qui le qualifie « d’anomalie dans les démocraties ». En ajoutant sa modernité à la tradition il compose ainsi un personnage singulier, authentiquement révolutionnaire car porteur d’une culture qui n’est pas celle de l’establishment mais qui seule, on le sait maintenant, était susceptible de maintenir la France à son rang.

 

A sa manière la vie de René Monory est un destin, sans guère de précédent dans la vie politique française ; ce n’était pas le destin d’un boursier, il n’était pas fils de la République des professeurs mais, à sa manière, il a inventé une autre manière de réussir, proposant un modèle particulièrement adapté à une société inquiète et qui ne sait pas toujours faire confiance aux plus humbles.

 

Sa vie est donc en soi un message et nous sommes fiers d’avoir grandi auprès de lui, fidèle à son esprit de modernité.

 

La Fondation pour la Prospective et l’Innovation, dont il a été le fondateur avec son ami François Dalle, fera vivre la pensée et l’esprit de modernité de René Monory.