Petit-déjeuner à la Caisse des Dépôts et Consignations à l’invitation de M. Augustin de Romanet sur le thème du Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) -Mercredi 10 février 2010
Mercredi 26 mai 2010
Afin d’élaborer une politique économique viable, la France doit actuellement résoudre deux problèmes majeurs, à savoir la maîtrise des dépenses publiques sur le plan intérieur, et le pessimisme des économistes quant à la situation des Etats-Unis sur le plan international. Face à ces enjeux de taille, la création d’un fonds souverain peut apparaître comme une réponse pertinente et stratégique pour le pays. Ce petit-déjeuner a été l’occasion pour Monsieur Augustin de Romanet, Président du Conseil d’administration du Fonds Stratégique d’Investissement (FSI) créé le 19 décembre 2008 à l’initiative de la Caisse des Dépôts et Consignations et de l’Etat, de revenir sur le fonctionnement du FSI et sur ses objectifs. Il a ensuite expliqué l’intérêt pour le FSI d’entrer, de concert avec les acteurs locaux, au capital des entreprises françaises puis chinoises. La rencontre s’est terminée par les interventions de plusieurs chefs d’entreprises et élus notamment préoccupés par le devenir du tissu entrepreneurial hexagonal et par l’absence d’une régulation mondiale des marchés financiers.
L’économie mondiale peut s’appréhender comme une succession de cycles du type crise, haut, veille, crise. L’exemple récent de la France illustre cette analyse : le pays connaît un grave ralentissement de son économie dans les années 30 (crise), puis se redresse après la seconde guerre mondiale (haut) avant de stagner au milieu des années 60 (veille). Aujourd’hui cependant, le sortir de la crise mondiale amorcé par un timide redémarrage de la croissance et un regain de confiance des entreprises semble bien périlleux. La diminution des dépenses en recherche et développement, l’épuisement du rôle des plans de relance, mais surtout l’incapacité des acteurs publics à réguler les marchés financiers et à gérer de manière efficiente les finances publiques entravent profondément une transition convenable vers une reprise solide et durable. En outre, nombre de menaces planent sur l’avenir des entreprises françaises selon Augustin de Romanet. Si la quasi inexistence d’un actionnariat de long terme limite l’implication des salariés dans leur entreprise, l’absence de vision stratégique de dirigeants parfois déconnectés des réalités du monde de l’entreprise –certains passent jusqu’à 30% de leur temps à parcourir le monde !- a accentué l’état de faiblesse des établissements de l’Hexagone. La création d’un fonds souverain en pleine crise financière est donc apparue comme une solution pertinente pour soutenir le développement des PME devant faire face à des problèmes de financement et sécuriser le capital d’entreprises stratégiques. Ainsi le Président de la République a-t-il demandé à la Caisse des Dépôts et Consignations de plancher sur l’élaboration du Fonds Stratégique d’Investissement le 30 octobre 2008.
On évalue actuellement à 15 000 milliards de dollars la valeur des fonds souverains dans le monde, le plus important étant le fonds souverain des Emirats Arabes Unis (le Abu Dhabi Investment Authority créé en 1976) qui gère plus de 875 milliards de dollars. Doté à sa création de 20 milliards d’euros, dont 10 proviennent de l’Etat, le FSI se place en 23ème position sur le plan mondial. Conçu sous forme la forme d’une société anonyme, il est détenu à 49% par l’Etat et à 51% par la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC), laquelle dispose par ailleurs de près de 40 milliards d’euros (fonds propres et fonds des notaires placés en actions) à disposition des entreprises. Le fonds d’investissement stratégique français a engagé 1,4 milliard d’euros dès la première année de sa fondation, à comparer cependant avec le milliard d’euros investi quotidiennement par la CDC dans les entreprises. A terme, il s’agira pour cet instrument d’entrer au capital des entreprises françaises convoitées par les investisseurs étrangers, puis d’investir, en collaboration avec des partenaires locaux, dans les sociétés de pays émergents à fort potentiel de croissance. Les entreprises chinoises devront dès lors apparaître comme des cibles prioritaires pour le FSI et plus généralement pour les fonds souverains européens : le centre névralgique de l’économie mondiale étant en train de basculer vers l’Orient, il s’agit pour l’Europe d’être une tête de pont des fonds neutres –qui ne prennent pas de commission- en Asie afin d’y assurer un encrage solide, durable et réciproque. Monsieur Raffarin est en effet revenu sur l’importance du partage des intérêts d’un projet entre entreprises asiatiques et investisseurs européens, ces derniers devant par ailleurs porter une attention toute particulière à la définition de leur offre. Car, comme a l’a souligné Monsieur Dehecq, Président du Comité Stratégique du FSI, « le problème n’est pas de vendre ce qu’on fabrique mais bien de définir ce que veulent les clients ».
Le FSI apparaît finalement comme un outil nécessaire au développement de projets souvent désertés par les investisseurs conventionnels. De trop nombreuses petites entreprises ne bénéficient pas d’aides et sont contraintes de reporter voire d’abandonner purement et simplement leurs investissements. En outre, beaucoup d’initiatives locales comme les pôles de compétitivité ont besoin d’un relais puissant et stable. A l’heure de la crise mondiale, et alors que les grands moteurs de l’innovation –qui ont fait du 19ème siècle celui de la révolution industrielle- semblent en panne, le fonds souverain français apportera un peu plus de souplesse et de dynamisme aux entrepreneurs de l’Hexagone. Reste la question de l’impartialité de ce fonds, posée par le Directeur général de la Financière Centuria Emmanuel Limido : doit-il défendre à tout prix les intérêts nationaux ou se poser davantage en accompagnateur et en soutien d’entreprises, lesquelles sont parfois confrontées à de graves problèmes de gestion ? Si le FSI a vocation à s’impliquer dans la gouvernance des établissements dont il détient une participation, il ne peut se muer en régulateur –il n’en a ni la légitimité ni les capacités. Dès lors, gageons que la sortie de crise voie naître un collège d’institutions supranationales aux pouvoirs renforcés et à la vigilance démultipliée.

