I BILLET DU JOUR I

 

« Nous sommes en guerre ». Je pense à vous, dans cette tourmente dans laquelle les responsables d’entreprises sont les victimes collatérales. En effet, tous les ingrédients de la guerre sont là, la peur et le courage, l’inquiétude et l’inconscience, la chance et le malheur, les héros de la santé et les salauds du marché noir, les solidarités et les polémiques, à l’international, les alliances et les fermetures, … comme dans toute guerre, les ordres et les contre-ordres se succèdent, il faut à la fois rester chez soi et rouvrir les chantiers… Dans tout le pays les recettes s’effondrent et les dépenses explosent !

Nous mesurons les urgences qui sont les vôtres, la santé de vos équipes, la permanence d’une activité, la gestion des échéances, les décisions immédiates sur les coûts, l’organisation du télétravail, la paralysie des échanges, l’anticipation dans les incertitudes…

La violence est partout et, disons-le, personne ne s’attendait à ce qu’une armée invisible de virus nous frappe aussi massivement et nous endeuille aussi douloureusement.

Aux blessures professionnelles s’ajoutent les contraintes, les inquiétudes et les menaces qui affectent la vie familiale. Le plus dur, le plus grave, est encore devant nous.

 

Pourtant nous viendrons à bout de cette tourmente, mais dans quelles conditions ? Au sein de FPI, nous engageons déjà une réflexion sur un certain nombre de thèmes auxquels les événements ont donné de la profondeur et une longue portée.

– Avec le confinement, nous avons stimulé les liens familiaux et intergénérationnels, nous avons redécouvert l’importance de l’école et du métier d’enseignant, nous avons progressé dans la pratique digitale et dans la confiance dans la science …

– Nous vivons la période de notre histoire la plus efficace contre les changements climatiques, mais à quel prix ! Assisterons-nous à un changement de paradigme ? A un retour à l’essentiel ?

– Certains ont découvert notre interdépendance avec des pays tels que la Chine. On a aussi mesuré que le virus ne stoppait pas les tensions entre les USA et la Chine.

On doit aujourd’hui s’interroger sur la question de notre souveraineté, française et européenne, et sur la géopolitique, post-coronavirus.

– L’Europe, elle aussi, a été fortement bousculée par cette crise. La diversité des réponses et la faiblesse des coopérations font douter de la réalité de la solidarité européenne. Pourtant, l’exigence de souveraineté qui s’est affichée comme une évidence dans cette crise, où la taille est un enjeu, appelle à un véritable réveil de l’Europe. Nous travaillerons sur une approche de ce que doit être aujourd’hui notre souveraineté, et les rôles respectifs de la Nation, de l’Europe et de la coopération internationale.

– Sur le plan politique, il faut aussi s’attendre à de fortes convulsions. Dans la période de décroissance qui nous attend les tensions seront fortes, les pressions fiscales seront douloureuses, le niveau de l’emploi sera durablement détérioré…Certaines catégories sociales tels que les personnels soignants, les enseignants ou les chercheurs seront légitimes à demander une revalorisation de leur situation. Quelle sera la légitimité des responsables politiques ? De nouvelles élections seront-elles nécessaires ? Connaitra-t-on la traditionnelle période de règlements de comptes que connaissent toutes les fins de guerres ? On peut espérer aussi, de manière plus positive que notre tempérament national s’améliorera ? que les égoïsmes catégoriels et les attitudes destructrices s’affaibliront. Peut-être même qu’une nouvelle bienveillance sociale pourra émerger ?

 

Quand nous sortirons de cette crise nous aurons encore plus besoin les uns des autres. La prospective et les innovations se développeront dans des espaces nouveaux, souvent vierges. L’intelligence, la culture et l’expérience de chacun sera nécessaire pour tracer, ensemble, les chemins de l’avenir. Le temps de l’isolement est propice pour se préparer au nouveau temps de la renaissance.

 

Je vous assure de notre toute fidèle attention à vos commentaires et à vos propositions.

 

A bientôt, avec Amitié.

 

Jean-Pierre RAFFARIN

 

NB : Régulièrement, sur notre site Internet et par mails, les animateurs de notre Fondation feront part de leurs analyses et de leurs réflexions sur ces différents sujets mais ce site est également ouvert à vos interrogations et suggestions.