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Si l’arrivée de Joe Biden à la présidence a été applaudie à l’international et a laissé place à l’espoir selon une partie de la société américaine, le Président démocrate doit cependant faire face à un pays bouleversé par une pandémie mondiale, une récession économique et l’enracinement du mouvement trumpiste dans le paysage politique. Cet inventaire des tensions intérieures illustre bien la difficulté qu’aura Joe Biden pour avancer sur ses grands chantiers économiques.

Le webinaire du 4 mars 2021 s’inscrit dans le nouveau cycle de la Fondation Prospective et Innovation qui s’attache à suivre la première année de la présidence de Joe Biden, et plus particulièrement les relations entre les Etats-Unis et le reste du monde, en premier lieu l’Europe.

Aux côtés de Jean-Pierre RAFFARIN, Ancien Premier ministre et Président de la Fondation Prospective et Innovation, Ron KIRK, Ancien Représentant américain au Commerce, Ancien Maire de Dallas, Senior Of Counsel in Gibson, Dunn & Crutcher’s, Karel DE GUCHT, Ancien Commissaire européen au Commerce, Ancien Vice-Premier Ministre de Belgique, Président de la Brussels School of Governance, Administrateur chez ArcelorMittal et Proximus, Membre du Advisory Board de CVC et Jean-Claude BEAUJOUR, Vice-président de France-Amériques, Avocat au barreau de Paris,  ont discuté des dossiers économiques sur lesquels Joe Biden doit trancher principalement sous l’angle des contraintes politiques intérieures qui pèsent sur lui. De ces échanges animés, quelques points sont ressortis :

 

1.Des contraintes intérieures qui imposent un certain protectionnisme économique

Joe Biden est confronté à une Amérique fragmentée dont les divisions s’approfondissent et s’entretiennent à cause de la crise sociale et économique et d’une opposition politique vive et agressive. Il s’agit tout particulièrement de reconstruire la cohésion sociale au sein d’un pays frappé par un taux de chômage qui s’élève désormais à 6.7% contre 3.5% avant la pandémie. Cette crise économique entraîne, faute de filet de sécurité, une crise sociale pour ces milliers d’Américains qui se retrouvent sans revenu et qui réclament des mesures fortes.

Joe Biden doit également œuvrer avec l’aile gauche de son parti politique, incarnée par Elisabeth Warren, candidate malheureuse aux primaires démocrates de 2020, qui désire augmenter les taxes, ainsi qu’avec les organisations d’enseignants qui souhaitent réformer le système scolaire américain en profondeur.

Par ailleurs, après son « come-back » politique et médiatique du 28 février dernier, Donald Trump entend fonder une nouvelle doctrine républicaine et promet une opposition vigoureuse aux mesures de Joe Biden, en particulier quand elles concernent la Chine ou l’immigration.

Pour apaiser la situation intérieure, le président démocrate est bien obligé de céder aux velléités protectionnistes d’une grande partie de la population, tout en satisfaisant l’aile gauche de son parti pour stabiliser sa majorité. Ainsi, Joe Biden est non seulement condamné à réussir, compte tenu de la crise économique et politique et de l’opposition qui lui est faite mais aussi des élections de mi-mandat qui sont à moins de vingt mois et une campagne électorale qui démarrera dans à peine un peu plus d’un an.

Pour ce faire, il n’a pas hésité à proposer des mesures de grande ampleur, comme le plan de relance économique de 1900 milliards de dollars. Joe Biden entend relancer l’économie américaine grâce à des chèques promis aux foyers les plus pauvres, ou encore une indemnité chômage hebdomadaire de 300 dollars versée à presque 10 millions d’Américains.

La politique « Buy American » illustre la prévalence du protectionnisme économique américain pour le Président américain. En effet, afin de sécuriser les chaînes d’approvisionnement américaines et d’éviter des pénuries de biens et services, Joe Biden a présenté un décret donnant la priorité aux entreprises et aux produits américains. Néanmoins, le renforcement du « Buy American Act » de 1933 contrarie les relations commerciales transatlantiques et les projets d’une Europe qui aurait préféré un « Buy Transatlantic Act ». 

 

2. Des contraintes intérieures qui ne signifient pas pour autant le retrait des Etats-Unis de la scène internationale

Bien que les velléités protectionnistes de Joe Biden aient de quoi décontenancer l’Europe, la réalité n’est pas aussi inquiétante car les obligations que les Etats-Unis doivent remplir auprès de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) leur imposent une certaine ouverture internationale.

Dès ses premiers jours à la Maison Blanche, le nouveau président a sonné le retour du multilatéralisme, notamment en réintégrant l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ou en rejoignant les Accords de Paris sur le climat. Conscient de la valeur des alliances diplomatiques internationales grâce à son expérience politique, Joe Biden admet que la gestion de la crise sanitaire exige un retour au multilatéralisme, ainsi que des relations plus apaisées. Pour cela, une réforme de l’OMC s’impose. Depuis 2001, aucun accord multilatéral mondial n’a été approuvé par les pays membres, si bien que l’organisation est parfois qualifiée de « dinosaure », incapable de s’adapter à la mondialisation. Cette réforme du règlement des différends en particulier, ne se fera pas manu militari. Un dialogue et une coopération entre les pays membres, ainsi qu’une prise en compte de la situation dans les pays en voie de développement seront nécessaires. Les outils de règlement des différends de l’OMC, ainsi qu’une relation transatlantique apaisée pourront peut-être permettre de résoudre le conflit entre Airbus et Boeing.

Néanmoins, il est nécessaire de rappeler que la coopération multilatérale sera complexe et difficile. Il s’agit tout particulièrement d’instaurer un dialogue honnête et transparent entre les pays, de rétablir la confiance vis-à-vis des opinions publiques et d’assumer ses responsabilités internationales, notamment pour la Chine.

En somme, avec le multilatéralisme qu’impose la pandémie de la Covid-19, il est nécessaire de travailler ensemble et de coopérer en insistant sur les points communs plutôt que sur les différences.

Parmi ces points communs, la défense de la démocratie apparaît comme fondamentale. D’autant plus que Joe Biden imagine un futur dans lequel nos démocraties entreront en collision avec les autocraties. Ainsi est-il nécessaire d’adopter un point de vue pragmatique pour approfondir les valeurs et les forces communes de nos démocraties afin d’éviter un conflit mondial à tous points de vue.

De la mondialisation à la planétisation, la gouvernance mondiale peut profiter d’un consensus global sur le climat. Les discours de Xi Jinping et Joe Biden sur la protection de la planète laissent espérer en un projet commun qui réponde aux revendications de la jeunesse mondiale, tant européenne, qu’américaine ou chinoise. La sauvegarde de notre monde repose sur une coopération et un dialogue multilatéral, la pandémie de la Covid-19 vient nous le rappeler. Le virus, bien qu’invisible, bouleverse notre conception des frontières. Il ne suffit plus seulement de rêver d’une souveraineté européenne et d’une Union plus forte pour faire face à la crise sanitaire ainsi qu’aux puissances américaine et chinoise, mais d’y œuvrer, notamment en diversifiant notre économie, ou en esquissant les contours diplomatiques d’un consensus global sur la planète.

SE