XU Bo Meilleure Santé Meilleure Vie

XU Bo

Ancien Commissaire de l’Expo universelle 2010 Shanghai, Chine

 

Il y a 10 ans, le 1er mai 2010, s’ouvrait l’Expo universelle Shanghai 2010, première exposition pour la Chine mais aussi pour le monde en voie de développement, disait-on à l’époque, avec pour titre : Meilleure Ville, Meilleure Vie. Cette thématique relative à l’urbanisation humaine était aussi novatrice alors qu’elle est centrale aujourd’hui.
Dans le contexte de confinement consécutif à la pandémie de Covid-19, que ce soit à Shanghai ou à Paris, sa commémoration est restée discrète voire inexistante. Or cette exposition pourrait apporter beaucoup à notre réflexion collective sur le monde de demain. En voici, à mon avis, les principaux enseignements.

 

La primauté des valeurs universelles dans toutes les relations internationales
Comme c’était une première pour la Chine que l’organisation d’une telle exposition, le danger était grand que la vision particulière chinoise et les pratiques internationales ne s’accordent pas. Il était donc nécessaire, pour éviter cet écueil, que s’y instaure un dialogue des cultures dont le dénominateur commun serait les valeurs universelles que tous reconnaissent. En tant qu’un des artisans et des gestionnaires de cet événement, j’y fus particulièrement attentif.
En effet, pour bien comprendre l’importance de l’enjeu, il faut se rappeler que cette exposition était en superficie deux fois plus grande que la principauté de Monaco, que 190 pays et 56 organisations internationales y participèrent et qu’elle reçut 73 millions de visiteurs. Durant les 6 mois où elle fut ouverte – jusqu’au 30 octobre -, des problèmes quotidiens surgirent et des solutions y furent apportées grâce, justement, à la recherche d’un consensus à valeur universelle.
Fort de cette expérience, face au Covid-19, je me demande si l’universalité d’une valeur qui tiendrait en ces quelques mots : « Sauver la vie » ne pourrait pas triompher encore des querelles, des méfiances voire des accusations qui divisent les Etats. Dans mon souvenir, lors de notre Exposition universelle, les facteurs géopolitiques en jeu, susceptibles d’alimenter des conflits d’intérêts, étaient nombreux. Or, si ce genre de disputes avait dominé, il n’y aurait pas eu d’exposition possible. De même, face à la vie mise en péril aujourd’hui par la pandémie, il faut que la coopération du monde médical et l’union des savoirs de tous les pays, la compassion humaine et les autres valeurs humaines que nous avons en partage l’emportent sur tout autre préoccupation. « Sauver la vie », par-delà la valeur universelle que l’expression énonce, tel devrait bien être le mot d’ordre pour tous !

 

La place prépondérante de la santé publique dans la vie urbaine
Le thème de notre Exposition qui, il y a dix ans, était Meilleure Ville, Meilleure Vie, trouve aujourd’hui un écho particulier. En effet, plus de 4 milliards d’individus vivent déjà dans les villes et d’ici 2050, ce seront plus de 7 milliards qui y éliront leur domicile. La santé publique y est donc un enjeu majeur.
Le nouveau virus qui, en décembre 2019, est apparu à Wuhan sans que personne ne s’en préoccupe, est devenu aujourd’hui l’ennemi public n°1 dans le monde : plus de 4 milliards de la population mondiale en sont victimes, 3 388 665 de personnes en sont infectés, 243 312 en sont morts, et cela, sans parler des énormes pertes économiques générées dans tous les pays. Comment peut-on dans ces conditions parler de Meilleure Ville, Meilleure Vie si le virus sévit encore voire nous accompagne pour toujours ? Nous le pouvons, si l’on en fait un devoir et non pas un souhait pour une meilleure vie urbaine.

 

L’exemplarité française
Il y a dix ans, la France était un acteur très dynamique de l’exposition de Shanghai. Ce phénomène s’expliquait par la familiarité française déjà ancienne avec les expositions universelles et aussi avec le thème traité. Cet engouement français était très partagé aussi bien par la classe politique et les entreprises que par le grand public et la jeunesse. L’exposition fut ainsi un excellent outil marketing du savoir-faire français pour le monde entier, et tout particulièrement pour la Chine, intéressée, entre autres, par le pavillon français Ville Sensuelle de Jacques Ferrier et la grande cuisine des frères Pourcel.
Grâce à cette exposition, la compréhension ainsi que la coopération franco-chinoise s’en sont trouvées accélérées et renforcées. Aussi, aujourd’hui encore, face au coronavirus et dans la recherche du vaccin, la patrie de Louis Pasteur a de belles cartes à jouer avec les scientifiques mondiaux et chinois. Dans ce village qu’est devenu la planète tout comme le fut le parc d’exposition à l’époque, un leadership est en effet indispensable pour définir les meilleures orientations et redonner le moral aux populations. La coopération franco-chinoise, déjà ancienne, constitue de ce fait une opportunité à saisir pour la période post-Covid-19, notamment si elle se renforce dans le cadre du grand plan de relance chinois qui couvre de nombreux domaines dont la santé.

 

L’avenir de l’humanité se joue encore en grande partie en Chine
Les grands sages nous prédisent presque tous que le monde post-Covid-19 ne sera plus le même qu’avant. Quoi qu’il arrive, cependant, la santé et la vie urbaine resteront toujours, à mon avis, deux grands thèmes éternels, sinon deux défis majeurs de l’humanité au XXIème siècle.
Aujourd’hui, les mégapoles chinoises poussent comme des champignons, la population de 16 villes chinoises dépassant les 10 millions d’habitants et leur PIB les 10 mille milliards de yuans. A l’échelle européenne, elles sont quasiment devenues des villes-Etats avec 800 millions de citadins chinois aujourd’hui et, d’ici 30 ans, un afflux supplémentaire de 420 millions.
Aussi, à tout point de vue et sans conteste, la Chine, en pleine ébullition, occupe une place incontournable pour l’avenir de l’humanité, son ascension sur l’échiquier mondial étant un fait irréversible, quel que soit le nouvel ordre international.

 

La Chine et le monde entier doivent apprendre à mieux se connaître et s’apprécier dans une relation durable
Lors de l’exposition 2010 à Shanghai, on a pu noter que tous les participants étrangers souhaitaient décrypter la Chine et la comprendre mieux. Vu le nombre prodigieux des visiteurs, ils acceptèrent même que la police chinoise les aide à assurer le bon ordre de leur pavillon, chose impensable pour d’autres expositions, mais une donnée évidente à Shanghai. Chacun constata à cette occasion que l’importance démographique de la Chine était une force en même temps qu’un handicap pour tous les problèmes sociétaux qui y sont liés, tels que le logement, le transport, la pollution, la sécurité alimentaire voire la stabilité sociale.
Cet exercice de vivre ensemble pour l’ensemble des acteurs constitua une expérience très précieuse pour la suite. Si la Chine a pu profiter de la reconnaissance internationale que lui a valu l’organisation de cette exposition sur le plan de son émergence pacifique, elle a aussi compris qu’elle avait tout intérêt à intégrer dans ses pratiques les us et coutumes des différents participants. Si 103 chefs d’Etat et de gouvernement sont spécialement venus à Shanghai en 2010 et ont implicitement salué les remarquables avancées du pays, la Chine ayant doublé le PIB japonais cette même année pour devenir la deuxième puissance économique mondiale, ils ont surtout et plus explicitement salué la valeur universelle de l’exposition qui les a réunis dans un village planétaire.

L’Expo universelle Shanghai 2010 fut ainsi un excellent exercice de « vivre ensemble » voire un modèle. L’émotion que le monde et la Chine ont partagée est un indicateur premier du chemin à suivre. Telle est la raison pour laquelle, à mon avis, nous devons commémorer les dix ans de cette exposition car elle nous a transmis un sens, une clé de valeurs qui font consensus car elles sont universelles : le dialogue, la compassion et la solidarité.