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La Fondation pour la Prospective et l’Innovation publie aujourd’hui son rapport annuel, le « Shérif 2021 ». Il propose une réflexion globale qui, malgré les crises, est porteuse d’espoir.  Lors de leur confinement, les Français ont découvert qu’ils n’étaient pas autonomes pour leurs achats. La tempête mondiale a alors révélé un déficit national. Un virus sournoisement meurtrier a franchi, une à une, toutes les frontières, pour mener sa guerre mondiale. Face à lui, l’adversité est restée nationale. Chaque pays a choisi sa riposte, à son rythme, avec ses armes. Ce fut la grande débrouille.

Lors de la crise de 2008, à l’initiative de Nicolas Sarkozy, les nations avaient coordonné leurs actions. Au contraire, avec cette pandémie, le multilatéralisme a reculé. C’est dans ce climat que le procès de la désindustrialisation s’est instruit. Les relocalisations sont devenues prioritaires. Mais le retour à un certain niveau de souveraineté demande beaucoup d’efforts. De plus cette démarche n’est pas seulement nationale elle doit être européenne. La nouvelle commission de l’Union à l’initiative de Thierry Breton, semble partie à la conquête de cette souveraineté.

La tâche n’est pas simple pour se tenir à distance des grandes puissances qui sont davantage en chasse de partenaires alignés plutôt que de pays souverains. Les relocalisations auront un coût pour la nation car les conditions qui ont conduit au départ devront être compensées pour le retour. Ce constat de lucidité nous conduit à affirmer que la souveraineté est une nécessité mais qu’elle ne sera pas suffisante. La souveraineté intégrale est une utopie. D’évidence aucun pays ne peut réussir seul, tous ont besoin de coopération.

Toutefois, l’actuelle tension entre les USA et la Chine va fortement freiner les échanges en plus du ralentissement de la croissance. Il est surtout à craindre, qu’en mobilisant leurs outils de puissance, les deux grands cherchent à « aligner » leurs alliés, faisant ainsi passer la gouvernance mondiale du multilatéralisme au manichéisme. Tout ceci crispera les relations internationales.

Dans ce monde manichéen, la démocratie doit promouvoir ses valeurs. Cela signifie que les Démocraties auraient intérêt à travailler ensemble pour se renforcer face à la crise que chacune connaît et dont « les Gilets Jaunes » et l’envahissement du « Capitole » sont les manifestations les plus récentes.

Un Sommet des démocraties est annoncé pour ce printemps. Les formes constitutionnelles des différentes démocraties, à l’Est et à l’Ouest, sont tellement diverses et leurs problèmes tellement voisins qu’il y a de grandes chances que ce dialogue soit très fertile. Cette initiative ne peut que renforcer les démocraties dans leur nécessaire dialogue avec les autres puissances.

La difficulté pour se rassembler est qu’il faut surmonter les égoïsmes. En 1945, les valeurs occidentales ont profité de leur victoire militaire pour imposer une vision du monde que la charte de l’ONU s’est chargée d’exprimer. Il y a 75 ans !  

Aujourd’hui, la pensée occidentale ne fait plus consensus. Il faut actualiser le message, et dégager un nouvel horizon politique. Dans le passé « le consensus de Washington » a promu les performances économiques et les échanges internationaux. Aujourd’hui, autour de « l’Accord de Paris » une force de rassemblement prend forme. Le « Consensus de Paris » a replacé le destin de l’humanité au centre des relations internationales. L’idée que notre « Maison brûle » se retrouve aujourd’hui dans les discours de Xi Jinping comme dans ceux de Joe Biden. Au-delà de la nation, la Planète apparaît, comme une nouvelle frontière.

Nous passons de la mondialisation à la « Planétisation », d’un monde crée par les échanges à une planète protectrice de la vie. La Planétisation se veut être une humanisation. D’ores et déjà, ce concept possède de très nombreux supporters sur les cinq continents.

Le « planet care » se décline à de multiples niveaux, des gestes de la vie quotidienne aux recherches scientifiques les plus poussées, des choix politiques aux réflexions spirituelles…  « Nous sommes tous sous le même ciel ». Là commence la Paix.

 

Jean-Pierre RAFFARIN

Ancien Premier ministre

Président de la Fondation Prospective et Innovation

Président de l’ONG « Leaders pour la Paix »