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I 75 ANS APRES LA SECONDE GUERRE MONDIALE, UN MONDE A REFORMER I

 

Conjointement avec le Think Tank berlinois « Dialogue of Civilizations », la Fondation Prospective et Innovation a organisé, le 8 mai 2020 un webinaire à l’occasion de la célébration de la fin de la seconde guerre mondiale.

Jean-Pierre RAFFARIN, Président de la FPI, a ainsi dialogué avec Vladimir YAKOUNIN, Président de DOC, Dan HAMILTON, ancien Secrétariat d’État adjoint des États-Unis et l’Ambassadeur de Russie à Genève, Vladimir CHIZOV, sur le multilatéralisme à l’heure des chocs géopolitiques, économiques, sanitaires ainsi que sur les pistes pour un multilatéralisme davantage fonctionnel. 

Le constat est partagé sur le vieillissement d’un système mondial hérité de la seconde guerre mondiale et qui est bien à la peine pour s’adapter. Le déroulement de la crise aux États-Unis et la comparaison avec la sortie de crise de la Chine ne vont pas contribuer à restaurer l’image du leadership américain. Le piège de Thucydide s’est refermé sur les deux principales puissances du monde et les amène à une escalade qui parait recéler plus de risques de dérapages que la guerre froide. Les mécanismes régulateurs des tensions qui ont pu exister alors entre Moscou et Washington semblent faire défaut actuellement et la perte de contrôle d’une situation potentiellement explosive est à craindre.

Ni le bilatéralisme, ni le multilatéralisme ne fonctionne aujourd’hui vraiment. Au moment même où les défis que l’humanité va affronter dans les années et décennies à venir sont redoutables et ne peuvent être traités efficacement qu’au niveau international. Le temps de la superpuissance solitaire ou isolée n’est plus.

Ces défis portent sur les questions de santé, du rapport de l’homme à la machine et à ses usages intrusifs, les changements climatiques avec ses catastrophes naturelles et ses mouvements de populations…  

Il ne faut pas sous-estimer les difficultés d’un aggiornamento ni les risques d’un abandon d’un système défectueux mais qui a le mérite d’exister pour un autre système incertain, hasardeux.

L’implication des États-Unis, qui restera une grande puissance à vue humaine, est indispensable pour que cet aggiornamento ait du sens et de l’efficacité. La Chine doit obtenir un aménagement de règles largement édictées en dehors d’elle mais doit aussi accepter un système rénové qui comprendrait de nouveaux droits mais aussi des devoirs à respecter.

L’Europe doit se reprendre afin de peser dans cette grande transformation progressive du système de gouvernance mondiale et de contribuer activement à la nécessaire coexistence entre civilisations diverses et différentes.

De nouvelles formes de multilatéralismes doivent se propager, qui démontrent leur utilité pratique, qui mettent en présence non seulement gouvernants et diplomates, mais aussi d’autres parties prenantes comme la société civile, les milieux scientifiques et économiques… Des exemples existent déjà pour le climat, la gestion du réseau mondial d’Internet, la recherche actuelle partagée sur le vaccin Covid-19, il faut certainement les multiplier, en exploiter les opportunités afin de traiter les défis présents comme ceux qui vont survenir. Le Covid-19 est une illustration de tels défis qui mettent en cause toute la planète et qui appellent des ripostes rapides et coordonnées. Les piètres performances enregistrées pour y répondre peuvent servir de leçons, il serait dommage que cela ne soit pas le cas et que le multilatéralisme en sorte affaibli et non renforcé.

 

Serge DEGALLAIX