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I COVID -19 EN AFRIQUE ET EN ASIE DE L’OUEST : L’ARBRE CACHE LA FORET I

 

Selon les statistiques officielles – il est vrai, sujettes à forte caution – nous ne devons déplorer ces derniers jours pas moins de 200 000 morts victimes du covid 19 dans l’ensemble des pays du monde. Peu auparavant, le Programme Alimentaire Mondial a publié son quatrième « Rapport mondial annuel sur les crises alimentaires ». Il y est indiqué notamment que le nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde pourrait passer de 135 millions à plus de 250 millions : une détérioration massive qui  se traduirait par la mort de 30 millions d’individus  Le rapport relève, parmi une bonne trentaine de pays particulièrement menacés, la situation dramatique de plusieurs d’entre eux : le Yémen, la République démocratique du Congo, l’Afghanistan, le Venezuela, l’Éthiopie, le Sud-Soudan, le Soudan, la Syrie, le Nigeria ou bien encore Haïti, qui tous sont affectés soit par des conflits, soit par des crises économiques, soit par des catastrophes liées aux dérèglements climatiques.

Au titre de ces dernières, la réapparition des criquets pèlerins, après plusieurs décennies d’accalmie, constitue une menace majeure et sans doute la principale explication de la crise alimentaire qui s’annonce. Une première vague a balayé la Corne de l’Afrique en janvier-février sans faire trop de dommages car les récoltes étaient déjà rentrées. Mais une deuxième s’apprête à la suivre. Elle risque d’être beaucoup plus dévastatrice car les insectes, qui ont eu le temps de se reproduire, sont maintenant beaucoup plus nombreux. Ils couvrent une zone beaucoup plus étendue, allant de l’Ouganda au Pakistan, et interviennent à un moment beaucoup plus crucial, celui où les plantations saisonnières commencent à pousser. Les criquets mangent chaque jour l’équivalent de leur propre poids : un essaim d’1 km2 consomme autant que 35 000 personnes. Un grand essaim, comme il va en apparaitre cette année, peut atteindre et dépasser les cent km2. Si cette deuxième vague n’est pas éradiquée, les insectes pourront à nouveau se reproduire et donner lieu à une troisième vague encore plus considérable…

L’invasion des criquets se produit alors que le covid 19 a atteint l’Afrique. La lutte contre les deux fléaux est en compétition pour obtenir des financements déjà très insuffisants. La circulation à grande échelle des intervenants vétérinaires et phytosanitaires pour éliminer les ravageurs se trouve entravée par la pandémie, de même qu’est ralentie l’importation de certains intrants, notamment des insecticides. Inversement, la crise alimentaire affaiblit la résistance des populations qu’elle affecte et les rend plus vulnérables à la maladie, notamment les enfants, les personnes âgées et les femmes enceintes. Au bout du compte, les deux fléaux conjuguent leurs effets pour fragiliser encore davantage des systèmes économiques menacés d’effondrement : ceux qui échappent au covid 19 risquent d’être victimes de la famine. En tout état de cause, celle-ci va, selon toute probabilité, faire beaucoup plus de victimes que celui-là.

Il est urgent que la communauté internationale adapte son effort de solidarité à cette calamiteuse situation. Il faut d’urgence réévaluer son ampleur pour le porter aux véritables dimensions du problème et en même temps revoir ses priorités pour mieux tenir compte des besoins spécifiques de la crise alimentaire qui ne sont certes pas les mêmes que ceux de la pandémie.

 

 

Philippe COSTE