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I L’AFRIQUE FACE AU VIRUS : VERS UN TSUNAMI ? I

Avec 12 300 cas révélés au 10 avril 2020, sur une population supérieure à un milliard d’habitants, l’Afrique paraît relativement épargnée par le COVID-19. Difficile d’expliquer pourquoi le virus se développe si peu en Afrique et plus que jamais les épidémiologistes s’interrogent. Question de temps ? La vague se forme, gonfle et arrive ? Protection climatique ? Le virus n’aime pas le chaud ? Systèmes de détection défaillants ? Les discours se contredisent mais aucune hypothèse n’est encore prouvée.

Les experts sont formels : une propagation importante du virus sur le continent serait dévastatrice. L’Afrique est une zone à risque en matière de propagation, le concept de confinement étant peu admis culturellement et financièrement. Les systèmes de santé nationaux, bien trop précaires pour la plupart, et une marge de manœuvre budgétaire limitée ne permettraient pas une riposte efficace. L’aide internationale se met en place mais il faut qu’elle soit suffisante et adaptée. Au final, là comme ailleurs, les pouvoirs publics nationaux jouent un rôle essentiel mais c’est la réponse collective qui compte le plus, préconisée face à un virus sans frontières.

Des systèmes de santé nationaux trop faibles pour contrer l’épidémie :

Chaque pays africain a ses spécificités (politiques, économiques, sociales ou encore culturelles), les situations sont contrastées mais des similitudes existent. Prenons le cas de l’Éthiopie, pays célébré pour sa croissance accélérée ces dernières années : l’État n’octroie que 6,02% de son budget aux soins de santé, les personnels qualifiés font défaut, l’accès aux produits essentiels est faible et les infrastructures dégradées. Ces réalités sont partagées par bien d’autres pays africains. En moyenne, comparé à l’Europe, 37 fois moins de médecins, 52 fois moins d’hôpitaux, moins de lits de réanimation dans les 54 pays qu’en France. Le faible investissement dans les politiques publiques sanitaires a empêché de façonner un environnement en mesure de contrer l’épidémie du COVID-19.

En parallèle, l’inexistence d’un dispositif de prépaiement pour des populations démunies, les rend tributaires de paiements personnels et des seuls services publics. Une très petite minorité a accès aux soins de qualités que peut proposer le secteur privé en complément, pourtant en pleine croissance dans les capitales africaines.

Ripostes nationales et entraide intra-africaine et internationale :

A l’échelle nationale, la majorité des États africains misent sur le confinement mais chacun envisage des orientations stratégiques adaptées à sa situation. La clé pour contenir l’épidémie reste le dépistage ; les laboratoires africains capables de détecter le COVID-19 se sont démultipliés en seulement quelques semaines. Alors que les recherches sont relativement coûteuses, le Sénégal, en partenariat avec l’entreprise britannique Mologic, a mobilisé ses instituts de recherche pour l’élaboration d’un test pour moins de 1 dollar. En Côte d’ivoire, le Président Alassane OUATTARA prévoit un plan de riposte de 150 millions d’euros en s’appuyant sur plusieurs groupes privés. 

En parallèle, les États africains s’attachent à coordonner leurs efforts. L’Union Africaine a créé le Fonds Continental anti COVID-19 pour « pour endiguer la marée » selon les mots de son Président, le sud-africain Cyril RAMAPHOSA. Cette initiative continentale est destinée à compléter les stratégies nationales et régionales déjà existantes. Pour l’instant, son budget n’est que de 12,5 millions de dollars mais il devrait pouvoir être abondé dans les jours à venir.

Le budget européen est limité mais Ursula von DER LEYEN, Présidente de la Commission européenne, très préoccupée par la situation a annoncé réaffecter 15 milliards d’euros en faveur des pays vulnérables (dont 90% pour l’Afrique). En parallèle, l’OMS continue de mobiliser des financements et face aux attaques de Donald TRUMP, fait front commun pour soutenir l’organisation dirigée par l’un des leurs. Jeudi 2 avril, c’est la Banque Africaine de Développement qui, levant des coronabonds, lui octroyait des financements pour combattre le virus dans la prévention, le dépistage et la gestion des cas.

Enfin, l’Afrique peut compter sur le soutien des pays qui lui sont proches à l’image de la France qui s’est engagée à lui accorder une aide de près d’1,2 milliard d’euros. La Chine – en tant que principal partenaire économique du continent – partage son expérience et conseille régulièrement les pays africains dans leurs stratégies de lutte. Elle expédie masques, produits et équipements et met à disposition des équipes médicales chinoises en Afrique. La diplomatie du masque n’est naturellement pas absente de cette solidarité bien orchestrée mais les pays africains sont sensibles à cette efficace intervention.

Pour l’instant, la majorité des cas de COVID-19 sont concentrés en Afrique du Sud, en Algérie et en Égypte, pays les plus menacés mais parmi les moins vulnérables. Aucun pays n’est cependant exempté et le virus est plus que jamais redouté dans le reste de l’Afrique. À défaut de ne pas avoir les infrastructures de santé solides, les États africains s’attachent à anticiper les évènements plutôt que devoir y réagir… L’Afrique a l’expérience des pandémies et sait faire preuve de résilience mais celle qui arrive est hors normes. Les spécialistes s’accordent pour dire que la vague va enfler et risque de durer. L’Europe, si étroitement rattachée à l’Afrique, restera en première ligne tant que le mal n’aura pas été efficacement contenu et résorbé sur le continent. Même si, miraculeusement, l’Afrique n’était pas submergée par un tsunami viral, elle serait atteinte au cœur car touchée de plein fouet par la crise économique mondiale qui réduit les prix des matières premières, les envois de fonds des travailleurs émigrés et le tourisme… L’Afrique pèse peu dans l’économie mondiale, mais celle-ci est capitale pour l’économie africaine. Au-delà de la crise sanitaire, cette situation doit appeler à un effort mondial et coordonné afin que le choc du coronavirus ne soit celui de trop pour l’Afrique.

Océane HAZOUME