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I LENDEMAIN DE MARATHON À BRUXELLES I

 

Tout est exceptionnel ces temps-ci en Europe : la pandémie qui a frappé et la crise économique et sociale qui s’annonce ; mais aussi l’innovation radicale du Fonds de Relance proposé par Bruxelles et, pour couronner le tout, l’extraordinaire marathon que se sont imposé les 27 chefs d’Etat et de gouvernement ces derniers jours. En fait, tout cela va ensemble : vu l’ampleur des enjeux, si l’Union voulait survivre et surmonter ses divisions – qui étaient considérables – il fallait bien cet effort herculéen. Le résultat n’est certes pas ce que chacun espérait, comme toujours avec des compromis, mais plutôt que de dauber une fois de plus sur les frustrantes insuffisances de l’Union, saluons la performance : faire entrer dans un même moule des positions de départ – faites d’intérêts, de convictions, voire de préjugés – si éloignées les unes des autres relevait de la gageure.

Le résultat est là et c’est l’essentiel. Le budget est adopté avec son Fonds de Relance au montant inchangé de 750 milliards d’euros, même si sa composition entre prêts (48%) et subventions (52%) a été revue en faveur des premiers ; les modalités de décaissement ne permettent pas aux sourcilleux de bloquer au-delà de trois mois et laissent le dernier mot à la Commission ; ils établissent bien un lien, sans précédent celui-ci aussi, avec le respect des droits et libertés fondamentales.

On entend dire que l’accord a été « difficilement forgé ». C’est plutôt l’inverse qui est frappant. Que l’Union Européenne – en panne de grande avancée depuis plus de vingt ans, avec un solide groupe d’Etats membres, soutenus par l’Allemagne à l’origine, résolument opposé à toute « union de transferts » – que cette Union ait été capable en quatre jours d’un tel bond en avant doit nous interpeller. La Covid-19 y est sans doute pour beaucoup mais le Brexit aussi : le Royaume-Uni n’aurait jamais accepté pareille solution ; son départ l’a rendu possible. Le Brexit n’est sans doute pas pour rien non plus dans le retour en force du tandem franco-allemand dont le rôle a été décisif dans toute cette affaire. Bref, malgré des institutions qui fonctionnent, pour toutes les questions essentielles, à l’unanimité, l’Union a montré que sa pratique du « liberum veto » n’aboutissait pas à sa paralysie, qu’il est possible d’aligner 27 États souverains.

Sur le fond, l’accord du 21 juillet va avoir plus largement pour effet de relancer la dynamique européenne. Les 750 milliards d’euros du Fonds de Relance vont servir de puissant accélérateur pour la modernisation de l’appareil productif européen. Grâce à lui, l’économie européenne pourra être beaucoup plus « verte » et beaucoup plus « numérique ». Au-delà encore, cette remarquable avancée ne peut que redonner confiance dans l’Union, aussi bien en Europe qu’à l’extérieur, et ouvrir de nouvelles perspectives pour de nouveaux progrès. Dans ce monde ô combien incertain où les nuages s’amoncellent, notamment avec la tension sino-américaine, il est important que l’UE donne au monde extérieur l’image d’une puissance qui continue de progresser et qu’elle se donne les moyens de peser significativement en faveur de ses valeurs de compréhension mutuelle.

 

Philippe COSTE