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I LES ETATS-UNIS, EPICENTRE DE LA CRISE ? I

 

Les Etats-Unis vont sans doute au-devant d’une situation très préoccupante.

Le choc sur le PIB américain que va provoquer l’explosion du coronavirus prive Donald TRUMP de ce qui était jusqu’ici son meilleur argument de campagne : la santé insolente de l’économie. Autant hier, le président n’hésitait pas à s’attribuer le mérite de ces résultats, autant aujourd’hui, le retournement de la situation le prend à contrepied. Il cherche donc, sans surprise, à minimiser sa contrariété : il a d’abord nié que la maladie existât, puis il a prétendu qu’elle allait vite disparaitre (pour Pâques) ; actuellement, il plaide que cet incident sanitaire ne doit pas empêcher l’économie de tourner. Vite, vite, vite, qu’importent les morts, qu’importe l’engorgement des hôpitaux, qu’elle retrouve vite son plein régime ! Il ne faut tout de même pas que le remède soit pire que le mal.

Tout cela fleure évidemment la panique mais surtout, ce refus de prendre la vraie dimension du problème a toutes les chances de l’aggraver. La dégradation de la situation à Wuhan a pris cette ampleur en raison des retards dans l’information, dans la prise de connaissance de la nature réelle de ce virus  et donc de la réaction des dirigeants. Des mesures fortes ont été prises ensuite qui ont permis de juguler la crise. A Taïwan ou à Singapour, instruites par l’expérience du SRAS, les autorités n’ont pas hésité à prendre des mesures drastiques alors même que le danger paraissait encore très éloigné. C’est très difficile, surtout dans nos sociétés individualistes, de mobiliser des populations qui n’ont pas encore pris conscience de la gravité du risque. C’est probablement la raison pour laquelle le tribut payé à la maladie par les sociétés occidentales dépasse – largement – celui des sociétés de culture confucéenne.

Dans cette situation, le déni de réalité dont font preuve Donald TRUMP – et, à un moindre degré, Boris JOHNSON – risque de se payer très cher. L’OMS vient de déclarer qu’après la Chine et après l’Europe, les Etats-Unis pourraient bien devenir rapidement le nouvel épicentre de la crise.

Pearl Harbor, puis le Spoutnik, puis l’attaque des tours jumelles ont montré à quel point les Etats-Unis étaient hyper-sensibles à la vulnérabilité de leur sanctuaire national. Si la crise du coronavirus devait prendre rang dans cette lignée, il faut prier pour que Washington ne sur-réagisse pas à l’attaque mais prenne plutôt conscience que l’exceptionnalisme américain ne met pas le pays à l’abri de la condition commune des Nations. Et qu’il en tire les conséquences : l’impérieuse nécessité d’une étroite coordination internationale aussi large que possible.

 

Philippe COSTE
Ancien Ambassadeur