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I OMS : LE MULTILATERALISME SOUFFRE MAIS LA COOPERATION S’ACTIVE I

 

Donald Trump vient donc d’annoncer que les Etats-Unis allaient suspendre sa contribution financière à l’Organisation Mondiale de la Santé, accusée d’avoir « gravement mal géré » la pandémie de coronavirus. Ce pays est à ce jour le premier contributeur de l’Organisation : il lui a alloué, en 2018, 281 millions de $, à quoi s’ajoute d’ailleurs 221 Ms $ versés la même année par le deuxième contributeur, qui n’est autre qu’une personne morale privée, elle aussi américaine : la Fondation Bill et Melinda Gates.

Il est vrai que l’OMS a manqué de réactivité, de clarté et de fermeté dans sa gestion de la pandémie : retard dans la reconnaissance des faits et dans leur qualification, manque de netteté dans les conseils donnés aux gouvernements. Certaines attitudes, par exemple le refus de prendre en compte les informations en provenance de Taïwan, ont pu donner l’impression d’une complaisance excessive à l’égard de la Chine continentale.

Pour autant, ce n’est pas en lui coupant les vivres qu’on améliorera le fonctionnement d’une organisation dont le rôle est absolument vital dans la période actuelle. Quand la quasi-totalité des pays du monde est touchée par la même maladie, il est essentiel que la circulation de l’information soit la plus rapide, la plus complète et la plus précise possible. C’est un préalable indispensable pour améliorer la connaissance des caractéristiques du virus, donc pour permettre la mise au point la mieux adaptée possible des mesures de défense contre ledit virus. Au surplus, l’OMS tient une place de première importance dans la définition, le financement et le développement de bon nombre de programmes sanitaires à travers le monde. Beaucoup de pays, notamment de pays en développement, en dépendent. C’est leur porter un grave coup que de réduire les moyens de l’Organisation.

Plus généralement, ce malheureux épisode de l’OMS illustre et aggrave la polémique ô combien inopportune qui n’en finit pas d’empoisonner la planète. Les précédentes provocations américaines ont déjà sans doute conduit Pékin à se laisser aller à une mise en scène de son action pour le moins discutable. La dernière a probablement elle aussi pour objet de faire oublier combien la gestion de la crise par Donald Trump a été désastreuse. En tout cas, cet échange d’horions est d’autant plus navrant que, cette fois-ci, le coup atteint ce dont le monde a le plus besoin : le multilatéralisme, c’est-à-dire la confiance et la solidarité et la coopération entre tous les pays atteints du même mal.

C’est une chance que, au-dessus des miasmes répandus par une politisation qui atteint beaucoup d’aspects d’un sujet essentiel, une atmosphère nettement plus éclaircie continue néanmoins de flotter dans l’empyrée de la coopération scientifique. Celle-ci se poursuit en effet dans le cadre de la Coalition for epidemic preparedness innovations. Ce « CEPI » travaille d’arrache-pied avec les autorités sanitaires mondiales et les développeurs de vaccins pour soutenir les travaux de recherche contre le Covid-19. Les chercheurs américains comme chinois y sont naturellement impliqués, les premiers dans 36 projets, les seconds dans 14. Au 8 avril 2020, on ne comptabilisait pas moins de 115 candidats vaccins, dont 78 étaient confirmés comme actifs. Parmi eux, 73 étaient en phase exploratoire ou préclinique. Les candidats les plus avancés venaient de passer au stade du développement clinique.

Pendant le spectacle, la coopération continue quand même… et la quête du Graal avance à marche forcée.

 

Philippe COSTE