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I SOUVERAINETE DE LA ZONE EURO : COMMENT LA RENFORCER ? I

 

 

D’abord, nous ne serons pas seuls à vouloir le faire et c’est notre chance. Chaque pays va renforcer sa souveraineté, en analysant ses dépendances au vu du choc qu’a suscité la pandémie. Il ne s’agit pas de tout faire sur place, ce qui serait la recette pour une crise économique et sociale endémique qui passerait à côté de l’objectif poursuivi : la souveraineté par et pour la solidité. C’est ensemble, notamment au niveau de la zone euro, que nous devons développer cette nouvelle stratégie de souveraineté.

 

Une culture de l’information

Elle passe d’abord par un renforcement de nos systèmes d’information, de traitement automatique des données (Intelligence Artificielle), de tous ces « signaux faibles » qui circulent largement dans les réseaux sociaux. Nous savons bien qu’ils transportent bien plus de fake news que d’informations, plus d’ivraie que de bon grain, mais les deux sont de plus en plus mêlés : nous n’avons pas le choix. D’ailleurs nous verrons, plus tard, que tout ce qui arrive avait été annoncé, vécu mais pas vu : sachons donc mieux écouter et ouvrir les yeux, dans ce monde plus vite unifié que jamais. Ceci d’autant plus que nous savons que les épidémies sont de plus en plus fréquentes : SRAS (Chine, 2003), grippe H1N1 (Mexique, 2009), EBOLA (Congo, 2014). Elles éclatent au milieu des crises financières : choc pétrolier de 1973, crise des émergents (Mexique, 1994), crises régionales (Asie, 1997 ou zone euro, 2012) et dernière en date, cette crise des subprimes américains de 2007. Tous les deux ou trois ans, nous vivons ainsi un choc, sans nous soucier du fait que prévenir aide à guérir.

Une tour de guet de la zone euro, doublée de nos propres systèmes d’information, est indispensable. On voit le danger qu’il y a à « sous-traiter » la capture d’informations, à l’OMS pour la santé, ou au FMI pour la finance. Le risque pris à ne pas investir ici et en zone euro dans une culture de la vigilance, de la recherche de signaux faibles et de leur traitement automatique nous revient en boomerang. L’assurance coûte toujours avant l’accident.

 

Un renforcement des filières de production et de distribution

En même temps, nous avons développé et étiré nos chaînes de production, sans penser aux véritables « facilités essentielles ». Pour nous, dans une lecture exclusivement concurrentielle, ce sont des structures indispensables pour servir les clients ou pour permettre, aussi, aux concurrents de travailler : électricité, télécommunication ou transport par exemple. Mais on voit que cette lecture concurrentielle est pensée pour faciliter l’activité courante, sans prendre en compte les risques sanitaires ou alimentaires, les cas extrêmes.

Outre la sécurité informationnelle (première), il faut donc garantir la qualité (par les normes) et tout autant la diversité des approvisionnements. Nous sommes obsédés par le vendeur dominant, qui peut abuser, sans voir son reflet : l’acheteur dominé, qui peut en être fragilisé. Les chaînes de production doivent être simplifiées, autant que possible dédoublées et il s’agit surtout de repérer leurs points nodaux, de faiblesse. Chaque direction d’achats, dans une entreprise, sait ses lieux de dépendance. Elle sait aussi que demander des baisses de prix affaiblit les offreurs déjà les plus fragiles et pousse à la concentration des producteurs et plus encore à leur éloignement.

 

Investir en capital humain

Mais guetter ne suffit pas, si l’on ne sait où aller. On aura donc besoin de guetteurs pour pister ce qui se prépare ailleurs et surtout d’éclaireurs. Que deviendront nos États et nos systèmes de protection sociale sans cette culture du changement et de l’adaptation ? La zone euro ? Nos banques ? Nos entreprises ? Nos consommateurs déconfinés ? Il ne s’agit pas simplement d’« agilité », comme on le lit chez les conseillers d’entreprises mais de compréhension de ce monde, pour mieux vivre.

La leçon de ce drame est en effet double : il faut mieux s’organiser pour savoir et prévoir, en renforçant les entreprises et en formant les salariés. Les États et les entreprises qui rebondiront le mieux seront ceux et celles qui avaient les meilleures stratégies, la plus forte cohésion, le meilleur capital humain.

 

 

Jean-Paul BETBEZE