Les pays, chantres de la démocratie, « le pire des régimes à l’exception des autres » selon l’heureuse formule de Winston Churchill, semblent presque tous aujourd’hui confrontés à une crise dont les manifestations sont nombreuses : discrédit des élus, taux d’abstention importants, essor des populismes, émergence de nouvelles formes d’action collective…

La France elle-même est confrontée à ce malaise. En témoignent, par exemple, le niveau élevé de l’abstention, l’essor des extrémismes, la crise des partis de gouvernement, l’absence de visions à long terme d’avenirs souhaitables et réalisables, la culture de l’instantanéité, elle-même liée à l’essor des media et plus encore à celui des réseaux sociaux. Est-ce à dire que la démocratie représentative, allant hier de pair avec une certaine idée de l’Etat, est aujourd’hui condamnée ? Que – comme on l’entend souvent – la fabrique du Bien public prendra demain prendre d’autres formes et s’opérera au travers de communautés d’intérêt, voire d’une démocratie davantage participative ? Que le quasi-monopole qu’avait, en France, l’Etat se trouvera remis en question par le double essor du local et du global ?

Le colloque organisé par la Fondation Prospective et Innovation en collaboration avec la revue Futuribles n’a pas la prétention, en une demie journée, ni d’établir un diagnostic complet de la crise que traverse la démocratie, ni  de réinventer les formes de gouvernement les mieux adaptées aux défis du futur. En revanche, il a l’ambition de lancer le débat, d’ouvrir la voie à une réflexion de fond sur cette question clef pour l’avenir.

Programme

 

Ce colloque se déroulera  sous la forme de deux tables rondes :

  1. la première « la démocratie : crise ou transformation » aura pour but d’analyser si la démocratie est vraiment en crise et quelles en sont les raisons : Est-ce la conséquence de l’essor de l’individualisme et du refus subséquent des citoyens de déléguer leurs pouvoirs ? Et/ou la conséquence des élites dirigeantes qui n’auraient plus l’étoffe de chefs d’Etat, ne seraient plus à même d’exprimer une volonté nationale, de porter un projet mobilisateur, ou seraient victimes  du besoin de justifier chaque jour de leur conduite?

L’enjeu est bien ici de comprendre quelles sont les causes du discrédit dont souffrent nos démocraties que ce soit en raison de leurs dérives (autocratiques, technocratiques…) ou de leur caractère obsolète au regard de l’évolution des valeurs et aspirations de nos contemporains, voire de leur impuissance réelle ou soupçonnée  à répondre aux défis collectifs du futur ? Et si ce régime politique n’est plus adapté, ou les classes dirigeantes désormais incapables d’assumer correctement ce qui constituait traditionnellement leurs missions, quelles formes nouvelles pourrait prendre notre vie politique ?

  1. La seconde table ronde « Les institutions et la fabrique du Bien commun » portera davantage sur les structures politiques et les acteurs et processus d’élaboration des politiques publiques.

L’Etat, tel qu’il fut conçu lors du Traité de Westphalie (1648) n’est-il pas devenu, comme l’avait anticipé le sociologue américain Daniel Bell au début des années 1970, « trop petit pour les grands problèmes, trop grand pour les petits problèmes » ? Sa souveraineté n’est-elle pas irrémédiablement entamée par le haut (l’Europe, le monde) en même temps que par le bas (les collectivités territoriales, les communautés d’intérêt) ? La fabrique du Bien commun, dont la puissance publique avait hier pratiquement le monopole, ne s’opérait elle pas désormais au travers de multiples circuits et groupes échappant au formalisme des instances politiques officielles ? Entre un ordre stérilisant et un désordre créatif mais paralysant, quelles institutions pour demain ?